Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 19:54

Le nouveau film du réalisateur de « Tron, l'Héritage » est-il le film de "l'oubli" ?

 

oblivion1.JPG

 

Oblivion : la Science-Fiction, miroir de l’âme ?

 

Initialement prévu chez Disney et écrit par William Monahan, oscarisé pour le scénario des « Infiltrés » de Martin Scorsese, « Oblivion », qui signifie « oubli », aura finalement été produit chez Universal.

Attaché au projet depuis assez longtemps, Tom Cruise, carriériste dans l’âme et rare acteur hollywoodien à être resté bankable pendant près de trois décennies, convaincu par l’efficacité du script et du talent de metteur en scène de Joseph Kosinski, a mis les bouchées doubles.

Rarement on aura vu un film aussi « nouveau » être fait aussi rapidement dans cet Hollywood habitué aux remakes, reboots, suites et spin-offs (ça arrive, ne vous en faîtes pas) à gogo.

 

Et pourquoi ?

Peut-être parce qu’à défaut d’être un excellent film, « Oblivion » est une très belle œuvre de science-fiction.

 

Un mash-up « Oblivion » ?

 

 

 

 

« J’ai vu des choses que vous ne sauriez imaginer… »

 

 

ROY BATTY

« I’ve seen things you people wouldn’t believe… »

 

 

Si dans son dernier souffle d’androïde, Rutger Hauer, le dernier réplicant à vivre, glace autant le spectateur, ce n’est pas par le bruit de ses mécanismes, mais plutôt par le discours sous jacent de son humanité acquise.

L'humanité d'un auteur visionaire qui partage sa vision ?

 

Dans le chef d’œuvre de Ridley Scott « Blade Runner », cet androïde s’attache à l’interrogation du sens de la vie, se sachant condamné. Il évoque une "mort" et non une simple "déconnexion", car il pense, rêve, croit comme un homme. A-t-il ainsi une âme ?


Pourquoi vit-il ? Quel est le sens de la création ? Pourquoi a-t-il été créé ? Quelle est sa condition d’être vivant ?

 

La science-fiction, depuis des décennies se rapporte aux grandes questions.

La condition humaine.

Le libre arbitre.

Le sens des réalités.

L’appétit de la découverte.

La définition de la création.

Le poids de l’âme.

 

Pour ce faire, le genre utilise pléthore d’inventions. Imagine ce que notre présent sera. Le pousse jusque dans ses derniers retranchements. L’explore pour l’étendre.

Jusqu’à l’infini.

 

Elle exagère nos réalités, en se servant de la technologie comme d’un moyen pour se justifier et nous faire croire à ce qu’elle nous montre.

 

Un œil nous surveille sous des aspects sécuritaires pour mieux nous contrôler, le voyage aux confins de l’univers sert à nous perdre, la conquête spatiale nous pousse à nous interroger sur le sens de la vie, une réalité est superposée sur notre définition du réel pour nous utiliser, la création d’un robot nous rend imparfait, l’information devient instantanée pour mieux nous traquer…

 

De « 1984 » de George Orwell à « Minority Report » de Steven Spielberg (qui adapte Philip K. Dick), chacun s’est entaché à donner corps à un risque, un avertissement, ou même un espoir.

 

Et si parmi toutes les possibilités évoquées dans ces milliers de livres, ces centaines et centaines de films, allant jusqu’au space opéra ou revenant vers la pure anticipation, et si la Science-Fiction servait à donner de l’espoir à l’Homme ?

 

 

Oblivion2.JPG

 

La Science Fiction sert-elle à donner de l’espoir à l’Homme ?

 

 

Dans « Oblivion », Joseph Kosinski, réalisateur talentueux de « Tron l’Héritage », et accessoirement ancien architecte, s’amuse à revisiter (plagier ?) bon nombre de ses classiques SF.

Dans ce monde qui oublie son passé, l’ironie veut que le spectateur se remémore toutes ces références, plus ou moins cachées, d’anciens classiques de SF.

On pense à « 2001, l’Odyssée de l’Espace », « Matrix », « Independence Day », « Soleil Vert » ou même certains chapitres de la « Quatrième Dimension » dont ce film ressemble fortement à un épisode version longue.

On pense aussi, un peu, aux limites que dépasse la série suédoise « Real Humans » actuellement diffusée sur Arte. C’est se demander si chaque œuvre de science-fiction ne se fait pas du pied pour se challenger à chaque fois davantage.

 

De twist en twist, Kosinski pose sa caméra pour créer une véritable imagerie ; des plans qui restent en tête.

Un objectif qu’il fait danser de symétrie à plan épuré dans les séquences plus dynamiques.

Avec la musique de M83, mélancolique, il créé un ton. Une ambiance.

Son casting habite alors chaque plan et rattrape les défauts d’une réalisation parfois belle mais creuse. Andrea Riseborough émeut. Olga Kurylenko attendrit.

Et les voix équivoques de Morgan Freeman et Melissa Leo, en parfaite opposition (le jeu des symétries, cher à Kosinski), habille l’univers du film.

 

La direction artistique est soignée jusqu’au moindre détail.

De l’écran titre qui laisse apparaître le scintillement d’une bague, au choix d’un décor vierge, grandiose de beauté. La générosité en idées passe aussi par tout cet ensemble.

Une direction artistique peaufinée pour exister. A l’instar de ce personnage principal incarné par un Tom Cruise à chaque fois plus impeccable.

 

Un homme au destin tracé dans l’oubli. Mais que le conflit intérieur entre déterminisme et libre arbitre va libérer.

 

Le libre arbitre, c’est le choix. La liberté. En l’occurrence, la liberté de se souvenir. La liberté d’aimer. La liberté de partager. Partager une âme avec celle qu’on aime. Une émotion qui, elle, ne s’oublie pas.

 

« Oblivion » appelle donc aux grandes questions quand il ne s’évertue par à nous étonner dans son storytelling réussi mais aux actions pas toujours bien amenées.

 

Ce film original (ou presque), dans la pure tradition de SF, se référence aux questions des premiers philosophes. S’interroge sur la condition humaine. Sur qu’est ce que la création. Qu’est ce que la destruction.

Mais aussi, et c’est sans doute l’une des plus belles nouveautés glissées par le film, que retiens notre âme d’un amour partagé.

 

 

oblivion3.JPG

 

Le souvenir d’un amour perdu, miroir de l’âme

 

 

La science-fiction appelle à l’interrogation. Le genre nous pousse à revisiter nous même nos différentes croyances et tout ce que nous avions pensé auparavant.

 

La SF est une porte ouverte vers un autre monde pas si lointain du notre en nous rapportant aux questions que l’Humanité se pose encore.

 

Et si demain je construisais un robot, pourrais-je le considérer en tant qu’être vivant ? Pourrait-il être mon enfant ?

  

Et si demain, j’étais réveillé après 60 ans de sommeil. Comment pourrais-je revoir mes proches ?

 

Et si demain, j’apprenais que je ne suis que l’esclave de l’entité qui m’a créé ?

 

« Oblivion » c’est un peu tout ça à la fois.

Beaucoup de références, pas toujours digérées. Beaucoup d’idées, pas toujours bien amenées. Beaucoup de décollages, pas toujours bien négociés.

Mais quel régal…  Visuel. Sonore. Un film épique et spectaculaire, plutôt bien dosé.

 

Et quel régal, aussi, de sortir d’une salle de cinéma, et s’éprendre à s’interroger de nouveau. De s’aventurer à passer toutes ces nouvelles portes qui viennent d’être ouvertes.

 

Car de la bonne SF, c’est celle qui pousse à regarder au delà du miroir.

Au-delà du miroir de l’âme.

 

 

 

« Oblivion » de Joseph Kosinski.

Avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Morgan Freeman, Andrea Riseborough et Nikolaj -LANNISTER!- Coster-Waldau.

Musique de M83.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit : Universal Pictures

Repost 0
2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 22:30

Comment expliquer que « Silver Linings Playbook » est une véritable thérapie du bonheur ?

 

happinesstherapy

 

C’est un vrai mystère. Car quand bien même le film est réussi, quand bien même il est remarquablement écrit et interprété, comme toute comédie romantique (à priori), il accumule quelques passages prévisibles, qui flairent le déjà-vu.

Et pourtant vous en ressortirez joyeux comme rarement !!

 

Pourquoi « Happiness Therapy » est un film qui fait du bien ? Pourquoi l’adaptation du livre « Silver Linings Playbook » de Matthew Quick est-elle si simplement le « feel-good movie » de l’année ?

 

5 raisons pour laquelle la « Happiness Therapy », de David O. Russell, marche du tonnerre !

 

 

Happiness Therapy 4

 

1 – Un film bipolaire

 

 

La vie réserve parfois quelques surprises…

Pat Solatano a tout perdu : sa maison, son travail et sa femme. Il se retrouve même dans l’obligation d’emménager chez ses parents. Malgré tout, Pat affiche un optimisme à toute épreuve et est déterminé à se reconstruire et à renouer avec son ex-femme.

Rapidement, il rencontre Tiffany, une jolie jeune femme ayant eu un parcours mouvementé. Tiffany se propose d’aider Pat à reconquérir sa femme, à condition qu’il lui rende un service en retour. Un lien inattendu commence à se former entre eux et, ensemble, ils vont essayer de reprendre en main leurs vies respectives.

 


Le nouveau film de David O. Russell, traite UN sujet grave : la bipolarité et toutes les névroses qui en découlent.

Le nouveau film du réalisateur de « Les Rois du Désert », « Fighter » et « J’adore Huckabees » traite DES sujets graves, au pluriel : l’auto-destruction, la difficulté à se reconstruire, l’Amérique post-crise des subprimes, le deuil amoureux et l’amour tout court !

Dans ce cocktail explosif où seul le drame ne pourrait s’aventurer, la comédie s’invite simplement, subtilement et glisse de personnages en personnages comme une contagion. Le moindre dialogue se savoure entre le rire et les larmes.

Les situations sont parfois exagérées, Russell en grossissant le trait ; mais c’est pour à chaque fois surligner l’humanité de ses personnages qui se dressent en âmes en peine vers la recherche du bonheur ultime.

Le réalisateur américain prend de la distance avec les situations les plus folles pour en tirer le meilleur accent comique, laissant Pat ou Tiffany péter des câbles en cinémascope, pour ensuite serrer ses plans, se rapprocher de ces personnages à bout de nerfs, que nous suivons alors au plus près, sur des notes plus dramatiques.

Cette bipolarité du ton créé l’ambiance unique du film, auquel on repense volontiers des jours durant.

 

 

happinesstherapy2.jpg

 

2 – De « fuck » en « fuck », l’expression de la réalité

 

Sur le papier, « Happiness Therapy » (« Silver Linings Playbook » en VO, soit le « livre du bon côté des choses ») est aussi –et surtout- une « rom com » (romantic comedy ou comédie romantique en français).

Mais là où le film enchante, ce n’est pas sur son utilisation fatigante des codes (la rencontre – le baiser – je t’aime moi non plus – le regret – l’amour triomphe), mais plutôt sur son épanouissante faculté à les remettre en scène.

Ainsi nos deux tourtereaux ne sont pas célibataires ; ils ont en commun l’ordonnance médicale pour traiter leur dépression ; ils servent d’abord une cause égoïste ; et sont psychologiquement totalement instables.

Le récit s’aventure vers des contrées plus familiales, chères à Russell, se greffant alors à l’intrigue principale et permettent de la nourrir. « Happiness Therapy » est avant tout une histoire sincère.

Pas ou peu de clichés à l’horizon, tout coule de source.

 

 

PAT

The world will break your heart ten ways to Sunday. That’s guaranteed. I can’t begin to explain that. Or the craziness inside myself and everyone else. But gués what ? Sunday’s my favorite day again. I think of what everyone did for me, and I feel like a very lucky guy.

 

 

Ecrit par le réalisateur, « Happiness Therapy » offre également des dialogues savoureux.

Des dialogues qui sont l’expression même de la réalité.

Ecrits comme s’ils avaient été parlés, ils permettent une forme de transparence, de crédibilité de ces personnages meurtris issus de ce qu’on appelle « l’Amérique marginale » mais pourtant majoritaire !

Des personnages qui s’apparent à des personnes, car ils nous ressemblent et s’expriment comme la majorité d’entre nous. De « fuck » en « fuck », ils hurlent sur des sujets graves tels que la maladie, le déni de réalité ou le deuil amoureux.

 

Point de discussions trop éloquentes, les répliques fusent. Accumulées, elles touchent le spectateur davantage qu’elles ne blessent ces personnages entre eux.

L’excès de vérité maladif de Pat passe alors à l’ode de la positivité, chemin éclairci vers le bonheur qui n’est que meilleur lorsqu’il est partagé.

 

… Entre un film et son public ?

 

 

 

 3 – Une Bande Originale positive

 

Thème principal composé par Danny Elfman lui-même, le reste de la bande originale recycle des classiques.

Bob Dylan, Jessie J, Johnny Cash, Stevie Wonder, Alabama Shakes…

Ajustés aux images, au ton même du film, à son atmosphère propre, ils permettent cette évasion continue. Ce bien-être total tout au long de la projection… Et bien après.

 

 

 

 

 

Une bande originale qui accompagne cette fameuse épreuve de danse, objectif vital et non plus simple moyen.


Une danse qui incarne cette autre frange de l’Amérique qui se sert d’un sport et d’un art, non plus comme d’un exutoire, mais comme un véritable canal d’expression sans autre équivoque.

 

 

 

happinesstherapy3.jpg

 

4 – Un casting antidépresseur

 

Dans le cinéma de Russell, la famille et les proches sont sans cesse mis en valeur.

Pour appuyer son casting principal, David O. Russell a su choisir des figures importantes pour ses seconds rôles avec Jacki Weaver, Chris « Korben Daaaaallaaaaas » Tucker et l’emblématique Robert De Niro qui revient en forme après 10 années de rôles effacés.

De Niro, qui, ne manque jamais de faire ce qu’il fait de mieux : du De Niro.

Mais c’est sur ce personnage de père aimant lui aussi maniaco-dépressif, qu’il construit une vraie performance, qui lui a valu une nomination aux prochains Oscars !

 

En ce qui concerne Bradley Cooper, également nominé aux Oscars, si son versant comique a toujours été connu, ses élans dramatiques n’avaient jamais eu l’occasion de tant s’exprimer.

D’une mimique à une autre, il joue ce maniaco-dépressif perdu, vrai-faux Tanguy complètement fêlé, au fond très sensible et vulnérable. La justesse du comédien est telle qu’un regard suffit pour le faire passer d’un registre à l’autre. De fil en aiguille, il devient le gourou d’une pensée positive qu’il ne comprendrait jamais assez sans… Jennifer Lawrence.

 

Elle était déjà incroyable dans tous ses précédents films (même le médiocre « Hunger Games »), mais Lawrence confirme !

Nominée dans la catégorie de la meilleure actrice aux prochains Oscars, du haut de ses 22 ans, Jennifer Lawrence a déjà remporté un Golden Globe pour ce film où elle incarne aussi bien la démesure qui s’emporte… que la fragilité qui panique.

Une autre bipolarité.

 

 

 happinesstherapy1.jpg

 

5 – Ce qui arrive aux autres peut nous arriver

 

C’est aussi ce qui ressort de cet autre « Lining » de l’Amérique post-crise : tout le monde peut être touché. Tout le monde peut être mis à la porte. Tout le monde peut changer de vie du jour au lendemain.

 

Et tout le monde peut aussi tomber amoureux.

 

Tout le monde peut rêver d’une happy end, et avec du travail et de la liberté (vive cette Amérique marginale qui y croit), peut y accéder.

 

Nous pleurons, nous dansons, nous rions, nous nous surprenons mutuellement et nous avançons parfois à pas de course ou au ralenti.

Cette bipolarité est au cœur du film, mais plus encore, c’est la possibilité qu’elle puisse toucher tout le monde qui en est le centre de gravité.

 

Ainsi, cette idée d’abord développée dans les 30 premières minutes du film autour du chagrin, de la perte, de la détresse va peu à peu se muer vers tout autre chose. Avec la rencontre entre Pat et Tiffany, le récit prend son envol vers l’espoir de Pat d’avoir un rayon de lumière dans sa vie.

La bipolarité tourne alors autour d’émotions positives, comme la reconnaissance, l’entente, la famille et l’amour, et fait deux fois plus briller ses personnages dans un final qui passe du rire aux larmes, puis des larmes au rire.

 

Une émotion que l’on partage, au-delà de la salle de projection.

 

Ce bonheur diffusé sort alors d’une salle trop obscure.

Et c’est peut être ça aussi la magie du cinéma.

Tout simplement.

 

 

 

 

 

« Happiness Therapy » de David O. Russell. Avec Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert De Niro, Chris Tucker et Jacki Weaver.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit photo : The Weinstein Company / StudioCanal

 

Bandeau.jpg

Repost 0
15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 21:23

Le film surprise du soir est une histoire controversée. Un "Masterpiece" pour Jérémie !

 

W.E-2.jpg

 

 

W.E. : Cet Amour Contesté

 

 

L'abdication

du latin abdicatio, renier, renoncer ; ab de, et dicare, déclarer, proclamer comme n'appartenant pas à quelqu'un.

Est l'acte selon lequel une personne renonce et cède d'elle-même sa fonction avant l'expiration du temps correspondant à l'exercice de celle-ci. 

 

 

Le 11 décembre 1936, Edward VIII prononça une allocution radiophonique à la nation et à l'Empire Britannique pour expliquer sa décision d'abdiquer. Il déclara notamment : «j 'ai estimé impossible de porter le lourd fardeau de responsabilités et de remplir les devoirs qui m'incombent en tant que roi sans l'aide et le secours de la femme que j'aime».

Son frère, le prince Albert d'York, monta sur le trône sous le nom de George VI.

 

C'est en 1934, qu'Edward rencontra pour la première fois Wallis Simpson. Roturière américaine alors mariée à son second époux Ernest Aldrich Simpson. Leur idylle souleva une vraie crise constitutionnelle. Edward était complètement énamouré de cette dernière, ce qui entraîna de vives inquiétudes à la Couronne. Le couple fut pendant un temps espionné par les membres de la Special Branch de la Metropolitan Police Service afin de se renseigner sur la nature de leur relation. Un rapport non daté, détaille la visite d'un magasin d'antiquités par le couple dont le propriétaire nota par la suite que "la dame semblait contrôler complètement le Prince de Galles".

 

En novembre 1936, le prince manifesta à son premier ministre l'envie d'épouser, une fois divorcée, Wallis Simpson. Le premier ministre répondit que ses sujets considéraient le mariage, avec une femme divorcée, moralement inacceptable, et que les gens ne toléreraient pas Wallis comme Reine. Édouard VIII informa Baldwin qu'il abdiquerait s'il ne pouvait épouser Wallis.

 

Privé de royaume le couple quitta l'Angleterre, juste après avoir été fait duc et duchesse de Windsor.


 

W.E3.jpg

 

 Manhattan, 1998

 

Wally Winthrop est une jeune femme de 28 ans mariée à un médecin. Ce dernier étant la plupart du temps absent, il se montre parfois violent envers sa femme. Wally n'a plus trop d'occupation, ayant quittée son métier d'assistante dans une galerie d'art, elle erre dans son grand appartement New-Yorkais se gavant d'hormones en espérant qu'un jour elle tombe enfin enceinte.

 

Afin de panser sa solitude, elle se rend un après-midi dans son ancienne galerie d'art. Où se tient une exposition sur le fameux couple royal et va alors naitre une passion dévorante pour cette femme sortie de rien, devenue Duchesse.

 

Une adoration voir une identification, qui pourra peut être l'aider à sortir de ce quotidien destructeur. Un destin peut être volontairement lié dès la naissance par sa mère en la nommant Wally. L'arrivée d'une personne à ce moment de sa vie, une aide indirecte, apporte une lueur d'espoir dans chaque objet, un sentiment de sureté dans chaque portait, du courage dans chaque bijou. 

Puis finalement, lui permet de rencontrer son "prince" sans particule, sans château ni cheval, juste un piano pour la bercer de ses douces mélodies. Savoir enfin dire adieu à un confort illusoire et de tourner la page sur son passé. 

 


"Le Duc demeure très affecté par l'attitude de sa famille...

Malgré mes efforts pour le réconforter, il reste inconsolable.

J'en éprouve de la honte, mais je dois t'avouer que comme une enfant j'en étouffe sous le poids de son affection constante. Il ne cesse de se plaindre d'être inutile, mais comment pourrai-je changer ce que j'ai causé. Il s'est servi de moi pour s'échapper de sa prison et me voila prisonnière de la mienne. Je ne peux vraiment plus supporter d'être ainsi dénigrée par toute l'Angleterre. Et qu'aucune personne respectable ne veuille me parler...

Cette situation ne m'est pas due à un ennemi mais à quelqu'un qui m'est très proche...

Qu'il est difficile de vivre la plus grande histoire d'amour de ce siècle."

 

Wallis Simpson, duchesse de Windsor

 


L'amour n'est pas un conte de fée.

 

Deux femmes, à deux époques différentes, dont les histoires s'entrelacent, font de cette aventure un moment doux et romantique, emplit de mélancolie.

 

Sorti il y a un an, malheureusement passé inaperçu, le film a été accueilli par une critique assassine, dûe surement au nom de la réalisatrice, dont le talent n'a malheureusement pas été reconnu, bien qu'elle se soit pleinement investie dans son œuvre. Madonna.

 

 

 

« W.E. » 

Disponible en DVD et Blu-ray.

« That Woman: The life of Wallis Simpson, Duchess of Windsor » de Anne Sebba disponible en librairie en anglais

 

Jérémie McFadden


Source historique Wikipedia

Crédit photos : Studio Canal 

 

Bandeau.jpg

Repost 0
29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 16:32

Retour sur une année 2012, riche en super-héros, super-femmes et en chamboulements, aussi bien du Côté Clair, que du Côté Obscur !

 

2012-movie.jpg

 

2012, le Cinéma de l’Année

 

« 2012 » titrait Roland Emmerich il y a trois ans, pour son dernier film catastrophe (« 2012 » pas le machin sur William Shakespeare, voyons !).

 

Année de la fin du monde par excellence, elle allait se résumer à une succession d’événements malencontreux qui allaient changer la face du monde à jamais.

Le terminer tel qu’il était plus simplement… Pour qu’il recommence tout à zéro. A la manière d’un joli reboot : on écrase tout et on recommence.

 

Vrai ou faux ?

 

 

Montebourg-Harry-Potter-Lockhart.jpg 

  Le changement, c’est maintenant !

 

Une crise.

Des crises.

Des espoirs sur l’avenir réduits à néant.

Des politiques pour le court terme.

Des joies qui se dissipent.

Un avenir sombre, très sombre.

Une destruction totale, et on recommence ?

 

Le reboot, magnifique invention cinématographique et hollywoodienne pour conserver une franchise, une marque dans son giron (et donc conserver l’attention des spectateurs-consommateurs) pour l’exploiter jusqu’à la moelle. C’est encore mieux qu’une nouvelle suite, qui elle, prend le risque de ne pas suffisamment se renouveler par rapport au film original, et donc risque de lasser un public de plus en plus exigeant (ou en tout cas, qui fait mine de l’être).

 

Pas d’inquiétudes donc pour les grandes majors Hollywoodiennes. Rebootez votre franchise pour conserver les droits sur un personnage ou exploiter une œuvre jusqu’au bout, et le succès est à vous !

 

Vrai ou faux ?

 

Et bien en cette année catastrophique, il semblerait que la réponse soit FAUX !

 

Car si Hollywood est toujours aussi peu inspiré, il semblerait que cette année, il ait appris une chose essentielle : un public qui frissonne, une audience qui bouillonne, des gens qui éclatent de rire ou s’émeut devant le destin, parfois tragique, des personnages ; ce public là est prêt à payer sa place de cinéma.

 

La grande nouveauté purement originale au cinéma n’est donc pas prêt de revenir, mais les adaptations, suites, remakes ou reboots risquent à l’avenir d’être réellement inventifs.


      skyfall2012.jpg

 

Le succès de la trilogie « The Dark Knight » de Christopher Nolan et son influence sur les autres films produits ne se démentent pas (le dernier Bond, « Skyfall »). Preuve en est cette cascade de films commerciaux pour l’été prochain qui prennent le ton sérieux-sombre-profond pour ses personnages.

« Star Trek Into Darkness » ; « Man of Steel » ; et même « The Lone Ranger » ou « Iron Man 3 », un film à priori « fun » joue sur la carte du tragique et force le Dark Realism (ou le réalisme obscur, voir ma chronique à ce sujet).


Pourquoi ? Car le public veut être au plus prêt des personnages qu’il aime. Il veut vibrer avec eux. S’émouvoir en même temps qu’eux. Et ultime (h)orifice, il veut rire avec eux !

 

A l’heure des réseaux sociaux, à l’heure où l’humanité s’est robotisée à l’extrême, à l’heure de l’instantané à tout bout de champs, les audiences du monde entier veulent applaudir le spectaculaire humain.

C’est une constatation que j’avais déjà pu faire l’année dernière, mais les succès de ces derniers temps ne se démentent pas.

L'explosion du nombre de films type "found footage" comme « Projet X», « Chronicle » ou « Paranormal Activity 4 » offre de nouvelles perspectives, où le Cinéma rejoint la Réalité.

Ou, parfois, l'inverse !

 

En ce qui concerne les projets plus originaux, comme l'excellent « Looper », ils proviennent d'un cinéma indépendant qui gagne paradoxalement en moyens, faute de pouvoir exister sous la bannière d'une marque ou d'une franchise.

Et que font les grandes majors hollywoodiennes de cette nouvelle génération de réalisateurs pleins d'idées ? A votre avis ? Elles les recrutent ! Positionnant donc de plus en plus leurs produits comme des "blockbusters d'auteur"... Si toutefois elles leur laissent carte blanche...

 

Autrement, les majors ont le cul entre deux chaises. Avec « Prometheus » , Fox s'offre une nouvelle marque, néanmoins issue d'une franchise existante (« Alien »), à mi-chemin entre le simple "prequel" et le "spin-off". Le film de Ridley Scott invente donc un tout genre de franchise : quasi spin-off d'une autre saga, mais avec une histoire originale qui se déroule dans le même univers.


L'autre possibilité est lorsque les grands studios avancent leurs pions pour prétendre aux Oscars et autres récompenses. On pense alors à des projets ambitieux, mais aux budgets limités, et peut-être un peu trop rares. Autant que « L'Odyssée de Pi » d'Ang Lee chez Fox, « Argo », de l'inattendu et extrêmement doué Ben Affleck, est d'ailleurs un des favoris pour les Oscars 2013.

Warner joue sur les deux cordes : le succès artistique, reconnu par ses pairs, et le succès financier, dédié par le grand public.


C'est justement là, la grande surprise. Parmi les films les plus rentables de cette année, on compte « Avengers », ôde grand angle aux superhéros où chaque superhéros est humanisé pendant la première heure, « The Dark Knight Rises » ou la reconquête d’un surhomme sur sa propre humanité, et « Skyfall », l’humanisation d’un icône en lui faisant affronter ses propres démons dans un pur délire freudien lors de la dernière heure.

 

Jamais le Cinéma pop-corn n’était allé aussi loin dans la « mise en réel » de ses propres icones.

 

 

HungerGames.jpg

 

Le Monde d’après

 

La réinvention des mythes de jadis en figures humaines, semblables à nous, continue. La sortie prochaine des nouvelles visions de contes intemporels, plus réalistes et sans doute plus équivoques, nous le démontre et est évidente dès les premières images : « Jack le Tueur de Géants » en mars, « Les Mondes fantastiques d’Oz » en avril.

 

Cette année a montré que des visions simplistes, trop familiales, clichées, voir rétrogrades (ou pas assez bien emballées), n’avaient plus d’avenir dans ce monde hyper-mondialisé où l’information, la connaissance, devient accessible à tous.

Ainsi après des campagnes marketing désastreuses, non inspirées (parfois à juste titre) ou sabotées annonçaient des bides voir des accidents industriels.

 

Les flops successifs de « John Carter » pour Disney, « Battleship » pour Universal, « Dark Shadows » pour Warner, le remake de « Total Recall » pour Sony, ont sonné le glas d’une époque révolue.

Le space opéra simplet et trop distancé du public, c’est terminé.

Quant à l’Amérique surpuissante dans un scénario peu crédible adaptant un jeu de société pour enfants, c’est juste inaudible pour n’importe quel public du monde, à commencer par le public américain lui-même !

En ce qui concerne les films qui se définissent mal comme « Dark Shadows » du pourtant apprécié Tim Burton et avec le « bankable » Johnny Depp, ils montrent aussi qu’au milieu de dizaines d’autres produits, un long-métrage qui n’est pas clair avec ce qu’il offre, a très peu de chances de fonctionner (le projet était reconnu comme « unmarketable » par les équipes de Warner).

Un flop, plus relatif, serait aussi celui de « The Amazing Spider-Man » et ses chiffres décevants, montrant que le public ne se laisse pas si facilement avoir.

 

Mais la grande nouveauté de 2012 est plutôt une confirmation.

 

C’est la prise en compte d’un public autrefois ignoré par un Hollywood habitué aux super-productions viriles (on pense aux années 1990, avec les Bruce Willis, Stallone et Schwarzy) : LES FEMMES !

 

« The Hunger Games », « Rebelle », ou le succès de la fin de « Twilight » au cinéma et l’annonce de la future adaptation des « 50 Nuances de Grey » ont renforcé l’idée que tout un pan du public était en demande de considération et était bien plus dépensier que des hommes qui téléchargent.

Des œuvres aux qualités discutables (les deux dernières citées), mais qui ont des succès explicables, et que le système Hollywood semble méditer encore.

Le nombre de personnages principaux féminins se multiplient, de véritables aventures féministes font leur apparition, et les fameuses "rom-com" (comédies romantiques) ne sont plus les seuls produits filmiques proposés au beau sexe.

La femme est d'ailleurs de moins en moins transcendée en tant qu'objet filmique mais est davantage flattée au rang d'un personnage à part entière. Kathryn Bigelow avec son nouveau film sur la traque de Ben Laden, « Zero Dark Thirty » (qui sort en France en 2013 et qui est un des favoris des prochains Oscars), impose d'ailleurs un personnage féminin (interprété par la magnifique Jessica Chastain) en plein film militaire, univers à priori masculin !

Une audace déjà ressentie cette année sur « Rebelle », le dernier Pixar, rare film d'animation purement féminin, et l'un des seuls longs-métrages modernes à évoquer explicitement la relation mère-fille.

 

the-artist-photo

 

2012, le Cinéma de l’Année, c’est aussi une pluie de récompenses pour le Cinéma Français qui semble surfer sur une Nouvelle Vague.

Entre « Intouchables » et la consécration américaine de « The Artist » avec un Jean Dujardin méritant et déchainé, il s’offre de nouvelles perspectives, ambitieuses car détachées de la perversion de ceux qui s’autoproclament « la grande famille du cinéma français » pour davantage se rapprocher d’un public qui loue la proximité avec ce qu’il demande (un brillant hommage aux films hollywoodiens qu’il admire) ou ce qu’il est (généreux, tolérant, ouvert et qui n’oublie pas le sens de l’humour).

 

Mais 2012, c’était aussi et surtout l’événement cinémato-financier que personne n’attendait.

L’événement qui a bouleversé le monde du cinéma commercial et qui peut l’avoir changé à jamais.

Un événement qui permit, en l’espace d’une seule seconde, une seule, de transformer un projet totalement inattendu comme étant à la fois le film le plus craint et le plus inattendu de la décennie !

 

Le 21 décembre 2012 eut lieu un 30 octobre.

 

Cet événement, c’est le rachat de Lucasfilm par The Walt Disney Company.

Ce projet, c’est la production et la sortie de « Star Wars Episode VII » !

 

 

Disney-Lucasfilm.jpg

 

Que la Force soit avec Nous

 

C’est l’événement de cette année 2012.

 

Jamais un projet cinématographique n’eut tel retentissement médiatique.

Alors que George Lucas, le créateur de « Star Wars » annonçait la fin de la saga à la sortie de « La Revanche des Sith » en 2005, 2012 annonce qu’on repart de plus belle vers la galaxie merveilleuse de Luke, Han et Leïa avec la suite directe de leurs aventures sous la forme d’une toute nouvelle trilogie comptant de nombreux spin-offs à l’instar des « Avengers » que Disney semble vouloir reproduire (et ils ont toutes leurs chances).

 

Entre craintes et spéculations, nous savons déjà que le scénariste des excellents « Little Miss Sunshine » et « Toy Story 3 », Michael Arndt sera de la partie, avec Lawrence Kasdan (scénariste original de « L’Empire Contre Attaque ») sur les prochains épisodes.

Quant à Mark Hamill, Harrison Ford et même Ewan McGregor ou Samuel L. Jackson, ils ont évoqué leur enthousiasme dans la possibilité de revenir intégrer le casting.

Le premier d’entre eux, interprète de Luke Skywalker a d’ailleurs avoué avoir été mis au courant dès l’année dernière de ce nouveau projet.

Mais mieux encore, les spéculations vont bon train en ce qui concerne le nom du réalisateur.

 

Au jour d’aujourd’hui, Kathleen Kennedy, productrice de « Forrest Gump » et de nombreux succès de Steven Spielberg, a annoncé avoir déjà le nom de l’heureux élu, mais qu’il restera secret jusqu’à nouvel ordre.

Ce nom a de grandes chances d’être Matthew Vaughn, metteur en scène britannique de « Layer Cake », « Kick-Ass », « Stardust » et du superbe « X-Men : Le Commencement » qui ramena la franchise aux sommets.

 

C’est en tout cas une annonce qui aura suscité énormément de réactions à travers le monde.

« Star Wars » était incarné dans la pop-culture comme aucune autre franchise. La pop-culture s’est donc aussitôt emparé de la chose. Il n’y a qu’à voir le nombre impressionnant de parodies :

 

StarWarsDisneyParodie1

 

star-wars-disney-memes.jpg 

 

disneylucasfilms8.jpg

 

StarWarsparodie.jpg

 

 

De la main du Président de la Walt Disney Company, Bob Iger, Disney signe ici un gros deal (qui comprend également la franchise « Indiana Jones »).

La compagnie intègre le saint des saints de l’entertainment cinématographique moderne en son sein, et se promet des heures heureuses alors qu’ils n’en avaient peut être pas forcément besoin (« Avengers » est le plus gros succès de l’année avec $1,5 milliards de récoltés à travers le monde, et Iron Man et Thor reviennent dès l’année prochaine avec leurs propres suites !).

Car le flop de « John Carter » en mars a été rapidement avalé. C’est même se demander davantage, s’il n’y a pas eu sabotage volontaire de la campagne marketing pour le film quand on sait qu’un tel achat (Lucasfilm a été absorbé pour plus de $4 milliards), nécessite un travail en amont assez énorme.

Les deux franchises auraient eu le même public, elles se seraient cannibalisées.

 

2012LucasDisney.jpg


De plus la collaboration entre Disney et George Lucas a toujours été fructueuse et ce, depuis les années 1980, avec l’ouverture du premier « Star Tours » à Disneyland ou encore les différents projets dans les parcs à thèmes (comme « Captain EO » en 1986, avec Michael Jackson) et les différents produits Lucas distribués dans les parcs ou à la télévision (« Les Aventures du Jeune Indiana Jones » ont été diffusées sur ABC, chaine du groupe Disney).

 

 


Après ces collaborations fructueuses, en 2011, ouvrait l’update de « Star Tours » à Walt Disney World en Floride, « Star Tours : The Adventures Continue ». Quant à la version parisienne de l'attraction, elle en est restée à sa version "1.0", mais il faut savoir que le projet de « Star Wars Land » à Disneyland Paris est une arlésienne depuis au moins deux ans.

 

« John Carter » ferait partie des pommes empoisonnées laissées par les directions précédentes (Rich Ross a été limogé en avril) ?

L’histoire des grandes compagnies est décidemment passionnante.

 

Au moins autant que cette année 2012, qui n’a jamais autant ouvert l’avenir, comme pour contrer les effets du crise qui brisent les espoirs de long terme.

 

Le Cinéma plus fort que la réalité ?

 

Bonne année 2013 chers lecteurs (et lectrices !).

Que la Force soit avec Vous !

 

 

 

 

William Mondello

 

Crédit photo : Sony Pictures, Warner Bros., Metropolitan FilmExport, The Walt Disney Company, Lucasfilm Ltd.

 

Bandeau.jpg

Repost 0
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 21:04

Dans la famille Disney de Noël, j'aimerais un des plus atypiques. En 1993, un grand monsieur nous permis de vivre un bien étrange Noël. On s'en souvient encore. Jérémie aussi.

 

compare3BRDlarge nightmare before christmas blu-ray

 

Le Cauchemar avant Noël de Tim Burton

 

 

Les gens s'activaient chez les commerçants pour pouvoir boucler, à temps, leurs achats. Chaque enfant avait envoyé leur liste, et attendait, tout comme moi, l'heure fatidique de l'arrivée du Père Noël.

Nous étions le 24 décembre.

 

Tant dis que les derniers faits divers ou d'hiver, du mois de décembre, relataient la découverte d'une jeune fille morte de froid entourée d'allumettes, une émission de télé traitait des problèmes métaphysiques d'un petit renne prénommé Rudolph. Ce dernier rejeté par son entourage à cause de son nez un peu trop rouge, racontait ses envies suicidaires, à une présentatrice aux cheveux peroxydés. L'ennui pointant son doigt, je pris alors mon petit sac et parti dans la contrée voisine en espérant pouvoir m'échapper de cette illusion d'allégresse.

 

Deux heures de marche plus tard et une dizaine de petits cailloux enrobés de chocolat dans le ventre, j'arrivais chez mon ami Lofeul. Ce dernier, aussi impatient que moi à l'idée de fêter Noël, me racontait qu'un ami d'un ami qui avait un oncle qui connaissait la fille du maire d'un village qui avait sa femme décédée, racontait qu'une année, la fête de Noël avait été le théâtre d'un vrai « cauchemar »...

 

Apparemment, un certain Jack Skellington (connu aussi aussi sous le nom du Roi des Citrouilles), qui suite à un séjour dans le village secret du Père Noël, décida de célébrer à sa façon Noël. Aidé de ses concitoyens d'Halloween Town, M. Skellington, enfila le costume du Perce-oreille et s'envola à bord de son traineau-corbillard. Toute cette mascarade tourna en cauchemar lorsque le commun des mortels, n'appréciant pas la plaisanterie, rétorqua à coup de missile sur le pauvre squelette...

Jack libéra le Père Noël, et ce dernier put sauver Noël.

 

L'idée que ce soit la troupe d'halloween qui se charge de noël était une idée qui ne pouvait que m'enthousiasmer ! Je proposa alors à Lofeul de nous rendre à halloween Town. Ce dernier étant trop peureux, renonça à m'accompagner. J'avais entendu dire que l'entrée la plus proche se faisait à partir d'une pierre tombale dans le cimetière Des Marronniers. Une fois sur place, je descendis les marches de ce long couloir sombre, espérant arriver aux portes d'halloween Town.

 

Que fut ma surprise lorsque je tomba sur cette grande pièce humide avec en son centre une boite contenant divers écrits.

Le premier était une composition musicale dont voici quelques extraits :

 

« ...C’est l’heure, La fête approche !

À nous de jouer ! Pour les enfants Quelle belle surprise !...

...On emballe les rats, les crotales Pattes d’araignées, noeuds papillon,

Ça les étonnera ! C’est tellement sidéral !... ...Voilà que je transforme un vieux rat en couvre-chef dictatorial !

On y est presque ! Elle sera dantesque Carnavalesque Et titanesque !... »

 

Troqué des lutins par des monstres, des poupons par des poupées vaudou, des peluches par des cadavres de tortue, des distributeurs de bonbon par des têtes décapitées. Ce Noël s'annonçait merveilleusement grotesque !

 


santa

 


J'enchaine alors avec une autre composition beaucoup plus mélancolique, celle de Sally :


« Il y a une ombre dans le vent...

Je crois qu’une tragédie m’attend... Comment lui avouer comme je l’aime ?

Sans lui faire part de mes problèmes ? Le pire est encore à venir...

Sait-il que pour lui je donnerais ma vie ? Je rêve souvent qu’il m’aime éperdument... Autour de moi, tout le monde l’acclame Mais je brûle d’une toute autre flamme Parfois, la vie me semble un drame Saura-t-il un jour m’offrir son amour ? Saurai-je lui plaire ... »

 

 

Sally 

 

Des mots sur les maux de cette femme amoureuse à celui qui ne la voit pas, Jack étant trop pris par son obsession pour la fête du soi-disant partage.

 

Je fus interrompu dans ma lecture par un chat d'égout qui venait d'Halloween-Town.

 

Je m'empressa alors de le questionner sur ce soit disant cauchemar.

Il me raconta, que tout était parti d'une bonne attention, que ce pauvre Jack, maitre de cérémonie à chaque Halloween, voulait faire vivre à ses amis une expérience unique et différente. L'inconnue de prime d'abord étant une peur commune, l'erreur s'établit sur le fait de transgresser les règles qui sont appliquées depuis des siècles sur la célébration de noël.

Chaque chose doit être rangée dans une chaque case et que la différence, sous n'importe quelle forme qu'elle soit, se tient sous un couperet.

 

C'est alors qu'une question me vint : pour quelle raison est-ce un cauchemar ?

 

La réponse se fait au lieu de la naissance de cette folie créative, à Halloween Town. Chez les monstres, vampires ou autres loups-garous. Espèces pas réellement appréciées à cette époque de l'année, qui sont signe de tristesse, de cruauté ou de violence.

Leur place est donc plus appropriée dans un cauchemar !

 

Même si, ces personnages sont inoffensifs face aux monstres qui nous entourent ? Psychopathe et tueur en série ?

Qui eux ne sont pas sortis d'un conte ou autre folklore...

 

Pour clôturer notre conversation, ce chat me donna un manuscrit et en un clin d'oeil disparu.

 

Je fis chemin retour, gagnant le cocon familial, tout en lisant ce que m'avait donné ce chat:

 

« Nous ne sommes qu'un pur produit de l'imagination, issu d'un poème, nous sommes à la fois un rêve pour certains et un cauchemar pour d'autres.

Joyeux Noël »

  

Merci Tim Burton de me faire rêver depuis mon enfance.

 


The-Nightmare-Before-Christmas


« L'étrange Noël de Monsieur Jack », disponible en DVD et Blu-Ray

 

Jérémie McFadden

 

 

Les paroles sont tiré du film, écrite par Danny Elfman.

© 1993 Buena Vista Music Company (BMI). Tous droits réservés. Copyright international protégé.

Crédit photo : Walt Disney Company


Bandeau.jpg

Repost 0
28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 14:48

Visuellement extraordinaire, le nouveau film d’Ang Lee explore les questions infinies sur les croyances et le besoin de rationalité. Impressions du nouveau film du cinéaste des métamorphoses, présent lundi dernier à Paris pour une master-class exceptionnelle.

 

Pi1.jpg

 

L’Odyssée de Pi :

Réflexion infinie, spectacle inédit

 

 

 

"Pour moi un film est avant tout un moyen d'en apprendre plus sur le monde et soi même, mais aussi sur mes relations avec les gens."

Ang Lee

 

 

Pi c’est 3,14.

Pi est presque infini.

Pi est une lettre grecque.

Pi sert aux formulations mathématiques complexes.

Pi, c’est aussi le prénom du personnage principal d’un roman best-seller.

… Et un très bel indice sur ce qui vous attend.

L’histoire extraordinaire d’un jeune indien rescapé d’un naufrage qui va apprendre à cohabiter avec un tigre dans un combat commun pour leur survie.

 

Qui dit histoire extraordinaire, dit film extraordinaire. Mais à quel point ?

 

Possibles spoilers.

 

Pi3.jpg

 

L’odyssée d’une vie

 

Cette fable initiatique de Yann Martel, vendue à 7 millions d’exemplaires à travers le monde était réputée inadaptable tant son contenu est atypique.

Pourtant, très vite, Hollywood s’empare des droits du roman de l’auteur canadien. M. Night Shyamalan (« Sixième Sens ») est approché tout comme Alfonso Cuaron (« Les Fils de l’Homme »). Tous deux refusent, implorant le manque de libertés artistiques conférées par la Fox.

 

C’est alors au tour de Jean-Pierre Jeunet d’être courtisé.

Celui qui venait de refuser la réalisation de « Harry Potter 5 », et qui avait su bâtir un univers propre à lui avec « La Cité des enfants perdus » ou « Amélie Poulain » était LE choix des producteurs américains. Comment ne pas penser, après tant de réussites, à Jeunet qui savait raconter les histoires fortes dans des mondes extraordinaires et avec tant d’entrain et d’humanité ?

Jeunet travaille alors le script avec son scénariste fidèle et gomme toute référence religieuse du film pour se concentrer sur la relation Richard Parker (le Tigre) et Pi (le jeune homme). Les producteurs demandent expressément de réintégrer l’histoire sur la foi ainsi que quelques détails que Jeunet a préféré gommer pour rester sur  ses thèmes fétiches.

Faisant la navette entre les devis trop hauts et les demandes irréalistes d’un studio qui pensait faire un film peu couteux, Jeunet claque la porte après deux ans de travaux. $85 millions était un budget bien trop élevé pour la Fox, et Jeunet s’épuisait à attendre.

Son aigreur vis-à-vis de cette mauvaise expérience est lisible ici, sur son blog.

 

Comment le système Hollywoodien allait alors produire une histoire si risquée ? Comment Hollywood, industrie en puissance, allait accepter de mettre en image l’aventure d’un jeune non-américain, avec un tigre à dresser, sur une barque pendant près de deux tiers du long-métrage ?

Impossible ?

 

Non.

 

Le script se ballade de tiroir en tiroir pour finalement atterrir entre les mains du réalisateur déçu de « Hulk » puis vainqueur d’un Oscar pour « Brokeback Mountain » : Ang Lee.

Le créateur de « Tigre et Dragon » s’emballe : lui, cinéaste des métamorphoses, voit en cette histoire d’un jeune idéaliste religieux qui se transforme en conquérant des forces naturelles et croyant malgré tout, l’opportunité de refaire ce qu’il n’avait pas pu avec le géant vert : s’amuser.

 

Mais le pari est toujours risqué.

Comment attirer le public occidental vers une histoire trop orientale ? Comment convaincre un public surtout athéiste voir trop chrétien à aller applaudir le message d’un quasi agnostique ? Comment rassurer le public décérébré qu’une aventure cinématographique, longue de 2h, se passe pendant plus d’une heure à un seul endroit isolé (même si on se souvient, et à juste titre, de « Seul au Monde » de Robert Zemeckis et avec Tom Hanks) ?

L’enveloppe budgétaire confiée est alors de $120 millions et Suraj Sharma est choisi par le réalisateur né à Taiwan pour interpréter Pi.

« Lorsque je l’ai vu en essai, j’ai vu le film » indique Ang Lee.

Le projet « Life of Pi » prend enfin la voie de la troisième dimension pour s’assurer quelques dollars supplémentaires après le succès Fox de « Avatar »…

Et Ang Lee s’en amuse d’autant plus !

 

Et c’est un relief mémorable !

En plus d’être un long-métrage à l’image de son personnage principal, un miraculé, « L’Odyssée de Pi » offre l’expérience visuelle 3D la plus réussie depuis « Avatar ».

 

Sans équivalent, « Life of Pi » est à la fois une claque visuelle et sonore, et la preuve qu’Hollywood, bien que largement inspiré par la littérature, est toujours capable d’offrir du contenu inédit, jamais vu auparavant.

 

Mais à quel prix ?

 

Pi2.jpg 

 

L’inédit est incroyable

 

Ang Lee pose son film essentiellement en huis clos à ciel ouvert.

Après la séquence extrêmement impressionnante d’un naufrage filmé caméra au poing, Lee plonge le film dans tout le relief qu’il peut apporter.

 

Il aborde toutes les questions dès l’exposition et les sublime dès l’après naufrage. Il offre sans cesse ces paysages numériques auxquels on a du mal à croire tant tout semble nouveau, tant d’un point de vue physique (certains décors paraissent presque faux –volontairement ?-) que d’un point de vue plus universel (quel film offre de tels paysages ?).

On ne croit jamais à ce que l’on voit à la vue de cette manœuvre artistique. Et pourtant on croit au danger, à la menace. Au combat pour la survie.

 

Le relief devient alors, à ma grande surprise, un véritable langage. Reconnaissant lors de sa master-class passée à Paris, lundi 26 novembre, « qu’il ne connaissait rien à la 3D » avant le tournage, Ang Lee a ajouté que pour lui le relief « offrait suffisamment de possibilités » pour qu’il ait envie de s’atteler à cette exploration.

A l’instar du personnage de Pi, le réalisateur chinois expérimente le relief et ose se permettre de changer de format d’image en plein film pour mieux jouer avec le spectateur !

 

 

« Oser » ; « Expérimenter » ; « Tenter » ; « Explorer »

 

 

« La 3D au cinéma est encore un langage à inventer » conclut-il, en couvrant de louanges James Cameron, impressionné par l’Odyssée de Lee.

 

Visuellement éblouissant, le film est autant une claque technique qu’artistique. Les choix photographiques faits par Claudio Miranda, directeur photo sur « Benjamin Button » avec ses paysages cuivrés, fait frétiller la rétine.

Avec Lee, ils marient les couleurs bleues d’un océan trop grand avec un soleil jaune rassurant qui pointe le bout de son nez trop rarement, comme pour signifier le danger permanent. Finalement cette couleur-là ressort davantage du personnage le plus menaçant du film, après le Pacifique déchaîné : le Tigre lui-même.

 

Lee en fait un personnage passionnant, qui fascine. Il danse plus d’une heure sur la barque et affirme sa force et son instinct animal imprévisible, faisant de lui un quasi antagoniste du personnage de Pi, qui ne parvient pas à l’approcher avant un certain temps.

Cette menace se transforme peu à peu en allié tant l’Océan lui-même est le personnage le plus dangereux. Mouvant, à la fois plein de ressources positives comme négatives, le personnage de l’eau est omniprésent.

 

Devant un tel danger, Pi dresse l’animal pour lui faire comprendre qu’ils sont deux… dans le même bateau.

Pi s’épanouit en pleine détresse. Pi grandit et s’assagit au milieu de nulle part. La métamorphose s’accomplit aux cordes basses du narrateur interprété par Irrfan Khan (« Slumdog Millionaire », « A bord du Darjeeling Limited »), au sommet de l’émotion.

 

C’est cette écoute naturelle chez Pi qui le pousse à croire en son animal. C’est cette connexion depuis son enfance, presque métaphysique (voir une séquence délirante magistrale), qui rend plausible cette rencontre et cette compréhension naturelle, qu’on observe souvent chez les dresseurs de fauves.

Ce qui parait alors si incroyable ne l’est plus une fois que le recul est pris. On invoque alors tout ce qu’on a vu de cette aventure, et l’on se met à douter.

 

Un doute néanmoins rappelé tout au long du film, freinant de cette manière quelque peu son rythme et sa cohésion. On entrevoit parfois un manque de profondeur de certaines réponses, seulement évoquées, pour mieux se remémorer de la taille du projet, qu’un studio industriel souhaite rentabiliser.

Le film ratisse large et loupe alors quelques éléments et fini par nous déstabiliser, peut-être plus qu’il n’aurait dû.

 

lifeofpi.jpg

 

Crise de foi

 

Le besoin de rationalité explique sans doute cette déstabilisation. Et c’est en réalité un des thèmes principaux du film !

Le film alternant en permanence entre cette réalité sublimée et la réalité –la notre- du narrateur qui conte, on est comme sans arrêt sorti du film, jusqu’à ce point final qui gonfle l’ambiguïté.

 

Il y a en tout cas cette volonté de faire la différence entre les deux.

 

Le flash-back est nourri de paysages fantastiques, gonflés en CGI (images de synthèses) ou en filtres photographiques. Alors que le temps présent (temps de narration) est indiqué dans des décors quotidiens (une maison, un parc, une rue), sans artifice photographique, et où les scénettes, les actions sont suffisamment anecdotiques pour ne pas déborder sur l’histoire contée.

 

En nous poussant à croire à son histoire, le réalisateur, par l'intermédiaire du personnage de Pi agit sur notre corde émotionnelle, notre sensibilité, afin de nous pousser à réaliser le fameux "Acte de Foi".

L'histoire cartésienne (la plus réaliste) est si horrible que nous sommes poussés à préférer l'histoire poétique (la moins réaliste).

Et donc à croire.

A retrouver la Foi.

 

Est-t-elle réelle ? Est-t-elle une métaphore ? Est-ce un délire ?

Réponse complexe à déterminer, le film pose la question de l’existence du divin en l’effleurant à chaque reprise. Le personnage de Pi, contemplant le dieu chrétien, musulman juif et les dieux hindous, est proche de l’agnosticisme.

Au fond, c’est un peu ce que le film est lui-même.

Et cette interrogation permanente, sans cesse relancée finalement, devient à la longue épuisante même si le métrage s'assure d'exister ainsi au-delà de la salle qui l'a projeté.

 

Le livre semble avoir été organisé de sorte que les questions surviennent en fin de récit. Or, le film choisit la voie de l’interrogation permanente. Comment la foi peut-elle nous sauver dans des situations compromettantes ou notre vie est sans cesse en jeu ?

A quoi se raccrocher quand on cesse de vivre et l’on se met à survivre ?

 

La foi est-il le dernier souffle de notre survie ?

 

Frissons garantis.

 

Ce sont en tout cas les enjeux mêmes du nouveau long-métrage du réalisateur de « Hôtel Woodstock » et « Lust, Caution ». Des thèmes en grandes lettres dont on a souvent l’impression qu’ils sont à peine explorés quand on pense à la profondeur des précédents films du metteur en scène.

On se demande alors si Lee n’a pas favorisé l’expérience visuelle au fond même de son histoire, aussi magnifique soit-elle, afin de plaire aux directives du studio qui le produit.

 

L’efficacité spectaculaire a ainsi été privilégiée. C’est à la fois un regret, comme j’ai tenté de l’expliquer, et une vraie joie tant l’ensemble du métrage parvient à nous toucher.

Car après le rire, l’étonnement voir l’effroi, l’émotion est le maitre mot de cette nouvelle aventure cinématographique.

 

Couillu dans son fond et incroyable dans sa forme, « L’Odyssée de Pi » reste une des meilleures œuvres du cinéaste chinois et un sérieux prétendant pour les prochains Oscars. Bravo à la Fox, bravo à Ang Lee... et bravo à moi-même, d'être parvenu à faire une chronique sur M. Lee sans faire de jeux de mots.

...

 

Lee-sez bien la master-class, toujours visible ici !

 

 

 

 

« L’Odyssée de Pie » d’Ang Lee.

Avec Suraj Sharma, Rafe Spall et Irrfan Khan.

Le 19 décembre au cinéma.

 

 

William Mondello

 

Crédit photo : Twentieth Century Fox France 2012

 

A lire sur le blog :

- Skyfall : lecture freudienne d'un grand Bond en avant

 

Repost 0
28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 19:41

 104_SA_2110.jpg

 

« J'ai toujours rêvé enfant, d'être un savant-fou »

Tim Burton, à Paris, le 23 octobre 2012

 

Avant toute chose, sachez que j’écris cet article avec mon Yorkshire sur les genoux, et cela n'était pas volontaire. Et contrairement à Sparky, elle n'est pas encore passée sous la foudre (non, non, pas encore).

 

Mardi soir, même si j’étais absolument raaaavie d'aller voir Frankenweenie, et en 3D (Threeeeee Deeeeee), et même si j'étais absolument raaaavie d'assister à la master-class de Tim Burton himself après la diffusion, et bien, je partais voir ce nouveau film sans grande conviction.

 

 

Mais pourquoi ?

 

Parce qu’ en tant que grande fan intergalactique de Burton, je savais que Frankenweenie ne sortait pas de nulle part : il était tout d’abord un de ces premiers courts-métrages, datant de 1984.

Alors que pourtant, l'une des plus grandes qualités de Tim Burton est bien son imagination.

 

Pourquoi dans ce cas avoir repris un vieux court-métrage au lieu d'inventer autre chose ?

Pourquoi avoir repêché dans le passé une vieille histoire alors qu'il y en a tant d'autres à imaginer ?

J'avais qu'une peur à ce moment la : qu'il ait repompé une idée, et qu'il l'ait transformée en long métrage d'animation en stop-motion, sans âme, sans conviction....

 

J'ai également remarqué une chose, il y a deux catégories de fan de Burton, les « anciens » et les « nouveaux ».

Les anciens connaissent les débuts de Tim Burton, leur chef d'œuvre incontournable s'appelle Edward, ils apprécient l'originalité, la poésie des films, le coté macabre, unique, tout droit sorti du cerveau de Timothy.

 

Et il y a les « nouveaux ». Ceux là apprécient la partie 2005 – 2012. C'est à dire, le passage dans la carrière de Burton à des films plus grands publics, aux budgets énormes, capables de réunir les enfants et leur parents, toujours avec cette patte, cette « signature » Burton, visible dés le premier coup d'œil, (et aussi le premier coup d'oreille, merci  Danny Elfman).

 

Je dois avouer que je suis plutôt fan de la première partie de la carrière de Burton (bien que j'admire certains de ses films les plus récents comme Big Fish), pour la simple et bonne raison que les deux derniers films (Alice et Dark Shadows) m'ont déçue (mais ce n'est qu'a titre personnel) et que je n’avais qu'une envie : retrouver ces références, cet art, que l'ont a pu connaître avec Vincent ou encore Ed Wood (bien qu'il soit un véritable OVNIs parmi les OVNIs).

 

 

A la pêche aux références cultes

 

Et quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce dernier né (façon de parler) des studios Disney n’est autre qu’un retour aux sources.

Frankeewenie possède quelques particularités qui, rien qu'à elle, font frétiller les sens.

Déjà le nom du film vous est sûrement familier, puisque en effet c'est tout simplement la version canine de Frankenstein.

 

Film en stop-motion, chose rare de nos jours (rien d'étonnant chez Tim Burton mais cela reste surprenant quand on voit le peu de films d'animation utilisant cette technique), il est en plus en noir et blanc.

Et là on se dit « wan ta vu c'est chelou sisi ».

 

Enfin, si vous aussi vous possédez quelques références en matières de films bizarres, macabres et autres métrages cultes, vous aurez remarqué la ressemblance entre l'affiche de Frankenweenie et celle de Night of the living dead de Romero (1968, son tout premier film de morts vivants). Bon, rien de flagrant dans la ressemblance hein, juste la couleur verte dégueuli du logo et le reste en noir et blanc.

 

photo-1.jpg

 

photo-2.jpg

 

Chose que le réalisateur américain confirmera par la suite lors de la master-class en évoquant un large « Hommage aux monstres » dès la conception du film.

 

En bref, sans avoir vu le film, je me suis déjà dit un truc du genre « bon signe », ça s'annonce bien.

Enfin, mon fessier royal convenablement installé dans un fauteuil, « ni trop loin, ni trop près » et sans personne de plus de 1m80 devant moi, me voilà prête, comme une vierge attendant sa première fois, armée de mes lunettes 3D. Une seule pensée à l'esprit « pourvu que ça ne soit pas de la m.... »

 

 

Et alors ?

 

Très franchement....... J'ai failli me pisser dessus de joie.

Quel bonheur, enfin, ENFIN, il est revenu.

Tim Burton revient à ses origines, sans que cela ne soit trop « fermé » au public lambda. C'est drôle, c'est marrant, c'est bourré mais alors archi rempli de références culturelles (et cultissimes pour moué).

 

« Nous sommes revenus au premiers dessins du court-métrage » expliquait-il par la suite. Mais oui, mais forcément. Une chose qu’on ressent tout au long de la projection.

 

 

Des premiers films d'horreur du cinéma, aux inspiration de Tim, de Frankenstein à Dracula, en passant par les films de la Hammer, et même vis à vis de sa propre vie et de son art (son recueil de poèmes « La Petite Fille qui Fixe... »), notamment sa relation avec son propre père qu'il expliquera quelques minute après la projection, durant une master-class absolument génialissime, avec un Tim tout barbu, qui à répondu à mon petit coucou de la main pendant ma question (s vous étiez la, petite dédicace, j'ai posé ma question à la fin, j'avais des pompes rouges façon Dorothy dans le magicien d'Oz, et j'ai dit « voila » à la fin de ma question).

 

Un seul mot m'est venu à l'esprit.

Enfin, enfin un film ou l'on mixe les deux meilleures qualités de sa carrière, mais un seul défaut (parce que bien évidemment, tout n'est pas et ne peux être parfait) le film est légèrement lent au début (mais la deuxième partie est tellement savoureuse....).

Et au final, malgré une histoire pas très originale, qui sent le déjà vu (enfin vous me direz..), l’autre moitié du métrage est tellement drôle que l'ont se rend compte que le court-métrage n'a en commun que le début, et la toute fin du film.

En gros, Frankenweenie de 2012, vaut largement le coup d'œil, qu'il n'est pas une copie du Frankenweenie de 1984, il est atypique, il est neuf.

 

 

 

Un film bilan

 

Une master-class… A vrai dire, j'ai pas toujours compris à quoi ça servait (disons que j'ai toujours trouvé que c'était une conférence de presse qui n’ose pas assumer qu’elle en est une).

Mais la, c'était clairement des explications entre le réalisateur et son public. Une conversation !

Lui même, évoqua la notion de « film bilan », de retour aux sources, de clin d’œil à sa propre carrière (rien qu'avec le doublage du professeur à l'accent Hongrois par Martin Landau....) arrangé à la sauce 2012.

 

Tim Burton à expliqué ses choix, notamment vis à vis de l'utilisation de stop-motion :

« Tout est fait à la main, c'est très artisanal, on a l'impression d'être un géant sur le plateau »

… Ainsi que le choix d'être converti à la 3D, qui soit dit en passant n'est pas dégueulasse du tout, même pour un film « converti » et pourtant Dieu sait que j'aime pas la 3D (elle passe bien sûrement grâce au stop-motion et le fait qu'on ait déjà une impression de toucher sans la 3D).

C'est donc un film, qui est non seulement de qualité, qui fait référence au cinéma d'horreur et d'épouvante, mais aussi qui plaira aux enfants, aux adultes, aux gothiques, aux fashions, aux bobos, chose qu'enfin, Tim Burton, à réussi à accomplir.

Frankenweenie est un film sur la relation enfant-animal de compagnie et l’amour inconditionnel qui en découle.

Un soupçon d’autobiographie monsieur Burton ?

« Ce film s'inspire de souvenirs d'enfants, mais aussi ceux d'autres enfants. Frankenweenie s’inspire de vieux films, de lieux connus. Oui, il y a un soupçon d'autobiographie »

 

Qu’est ce que je disais…

Bref, je vais faire un câlin à mon toutou maintenant.

 

 

 

Frankenweenie, de Tim Burton.

Le 31 Octobre (Halloween, bouuuuw) au Cinéma.

 

 

Clémence Breton

 

 

A découvrir sur le blog :

L'analyse de la séquence de l'opéra de QUANTUM OF SOLACE. Quand James Bond rencontre Tosca.

Repost 0
20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 18:10

007.jpg

 

En attendant Skyfall, je vous propose de reprendre une séquence du tant décrié Quantum of Solace de Marc Forster, qui, il est vrai, nous avait laissé avec un Bond relativement moyen.

Quantum of Solace, qui pourrait se traduire par un Soupçon de Consolation, n’en manque justement pas. Malgré son manque d’inventivité scénaristique, il restait marquant pour la mise en scène de certaines de ses séquences dont celle de l’Opéra, où une tuerie Bondienne était mise en parallèle avec du Giaccomo Puccino : Tosca !

Retour sur ce long-métrage discutable et ce personnage atypique, qui a bercé l’enfance de plus d’un, époustouflé plus d’une ( ;-) ) et qui a su grandir comme nous autres.

 

 

1 – La tragédie de James Bond et son amour perdu

> Où en étions-nous, monsieur Bond ?

2 – The name is Bond, James Bond

> La production chaotique de Quantum of Solace

3 – Le Fantôme de l’Opéra

> Etude de la séquence de l'Opéra : quand James Bond rencontre Tosca

 

 

Quantumofsolace.jpeg

 

La tragédie de James Bond et son amour perdu

 

Passé le maigre scénario, ce 22ème épisode des aventures de Bond, et la première suite directe de la saga (tous les autres épisodes sont indépendants les uns des autres) nous offrait quelques instants de bravoure. Je fais volontairement abstraction de cette mise en scène très Jason Bourne (caméra à l’épaule, montage vif et serré) qui provient de ces idées opportunistes qui ont tant suivies la franchise tout au long de son existence, alors que les premières critiques semblent louer au nouveau cru Skyfall une inventivité hors pair et une intégrité artistique bien méconnue chez Bond (merci Sam Mendes).

Je précise une chose : je n'ai rien contre les anciens Bond, bien au contraire. Je reste un fervent admirateur de l'époque Connery.

 

Car malgré la qualité de beaucoup d’épisodes de cette saga d’anthologie qui a fait mes heures heureuses et développé mon imagination infantile, il est bien de reconnaître que les James Bond ont toujours été ces films qui suivaient une tendance. Réalisés par des « yes man », ces réalisateurs qui injectent si peu de personnalité dans leurs films, se contentant de suivre les directives des producteurs qui ne souhaitent QUE profit à court, et parfois long terme.

 

Ainsi les James Bond ont pu être de véritables ambassadeurs de leurs époques respectives : Les Sean Connery se fondent alors dans les codes cinématographiques des années 1960, les Roger Moore frisaient parfois l’auto-parodie seventies et les Pierce Brosnan plongeaient un Bond dans le gigantisme-individualisme héroïque des années 1990 dont le summum du ridicule fut atteint avec le Moonraker des années 2000, le mal-nommé Meurs un autre Jour.

 

Cependant, le reboot de la franchise avec Casino Royale était une véritable réinvention.

Pourtant dirigé par un « yes man », Martin Campbell, a qui l’on doit un autre sommet Bondien, le très bien nommé GoldenEye, Daniel Craig ramenait 007 vers la stratosphère de la réussite, aussi bien artistique que financière.

Casino Royale était le James Bond par excellence. Il devenait, de par son histoire et ses personnages dépoussiérés, ce qu’on faisait de mieux pour le célèbre agent britannique du MI6, et de ce qu’on pouvait proposer en terme de renouveau du film espionnage 4 étoiles. Une alternative aux autres films d’infiltration post-11 septembre qui se perdaient dans les déserts d’Afghanistan.

 

Bond redevenait Bond, et ça n’avait jamais été aussi parfait.

 

Ainsi, dans l’enthousiasme, les producteurs Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ont cherché, pour la première fois dans l’histoire de la franchise, à reprendre la suite des aventures de Bond là où Casino Royale les avaient arrêtées : sur l’émancipation d’un personnage, passant de la colère d’une trahison à la tristesse de la perte d’un être cher.

 

007-gunbarrel-craig.jpg 

 

The name is Bond, James Bond

 

Daniel Craig devenait ce nouveau James Bond, ambassadeur de notre époque.

Epoque où le héros doute. Où il devient faillible. Comme un monde dépassé, qui cherche à se réinventer. A comprendre pourquoi il a perdu sa gloire passée.

Cette humanité transparaissait tout au long d’un Casino Royale qui commençait brutal, à l’image de la carrure de son acteur principal, pour terminer fragile, sensible et incroyablement proche d’un spectateur qui avait pour la première fois un Bond dit « réaliste », à qui il pouvait VRAIMENT ressembler.

 

C’était la nouveauté inscrite par Casino Royale.

Un Bond qui n’était plus opportuniste, mais qui donnait alors le ton. En parallèle d’un Batman Begins (Christopher Nolan, auteur Bondien) qui faisait alors la même chose d’ailleurs. 

 

C’est ainsi que le réalisateur-auteur suisse Marc Forster avait été dépêché de son cinéma indépendant, et par déduction, plus intègre.

Le réalisateur de Neverland et Les cerf-volants de Kaboul devait diriger un Bond qui cherchait alors à être consolé pour une sortie programmée à l’automne 2008.

Après la perte de Vesper Lynd (interprétée par la magnifique Eva Green), l’idée était d’emmener l’agent du MI6 sur les traces de l’organisation qui avait « tué » son premier amour.

On passait alors d’un Bond triste, inconsolable, à un Bond en colère, façon Permis de Tuer avec Timothy Dalton.

 

Pourquoi pas, dites vous ?

Fallait bien avouer que c’était sacrément casse-gueule tout de même. Manque de bol, la grève des scénaristes arrive au mauvais moment :

Fin 2007, tous les scénaristes d’Hollywood se mettent en grève et sont soutenus par les britanniques. Ainsi, pas moyen, par obligation contractuelle, de retoucher un script mal fini, dont seul les séquences d’action ont été bien écrites.

Quantum of Solace va alors devoir jouer sur ses séquences, et Forster redoubler d’invention pour se faire comprendre.

 

On gagne ainsi un Bond extrêmement visuel, avec un personnage principal muet et des séquences de parlottes bancales, dont on se fiche. Dommage, car le potentiel était là, mais ça n’a pas loupé. Le manque d’autorité de Marc Forster sur le tournage (confirmé sur World War Z qui sortira en juin 2013), sorte de Jean-Marc Ayrault de la mise en scène, a freiné ses bonnes intentions.

Alors que la brèche pour voir un auteur diriger un Bond était là, ce Quantum of Solace se contentera d’être un énième épisode mais qui regorge de nombreuses bonnes idées.

 

Parmi elles, la séquence de l’Opéra qui est à mettre au Panthéon des séquences les plus spectaculaires de la saga. Non pas qu’elle soit une des plus violentes (quoique) ou qu’elle fasse appel à une équipe géniale et en surnombre (quoique ???), mais bien pour ce qu’elle dit, ce qu’elle montre et ce sur quoi elle joue.

 

Explications !

 

 

casino-royale-2006-25-g.jpeg

 

Le Fantôme de l’Opéra

 

Le chagrin de Bond est omniprésent tout au long du film. Matérialisé par une forme de colère, de violence et d’action agressive, celle-ci est la conséquence de la perte d’un être cher : Vesper Lynd.

 

Eva Green a beau ne pas être présente au casting du film, son personnage est pourtant visible à chaque recoin, à chaque son, à chaque image du long-métrage de Forster.

Le film commence ainsi sur de longs plans sur le regard d’un homme perdu, aux yeux brillants. Celui d’un Bond que personne à part la violence de chocs routiers ne saura consoler.

L’alcool, est ainsi montré comme un remède autant que la désinvolture. Le rappel du cocktail « Vesper », à base de Vodka et de Martini -réalisé au shaker, pas à la cuillère-, est fait au milieu d’un film trop court, comme un point d’orgue. La James Bond girl du film est volontairement très effacée, et le méchant n’est qu’une ombre sur un tableau de cibles tuées les unes après les autres sans regret.

Pourtant le regret est un des thèmes phare de Quantum of Solace, faisant de Vesper un des personnages principaux, dont seul le nom est mentionné quelque fois.

 

C’est ainsi que cette séquence de l’Opéra est une des majeures du film, car elle est la mise en parallèle inattendue entre les aventures d’un agent secret et le classique de Giacomo Puccini : Tosca.

 

Première rencontre frontale entre Daniel Craig et un Mathieu Amalric (toujours aussi pathétique), elle se présente comme le châtiment que Bond souhaite donner à ce badguy, celui que lui-même reçoit dans une tragédie forcée et complètement incongrue.

Le parallèle entre l’œuvre de Puccini et Bond est explicite, et à tous les niveaux : musical, forcément, visuel (montage) et scénaristique.

 

Vesper est un fantôme, qui ne contrôle plus la passion de son amant déçu, énervé, et profondément triste. Forster fait alors de Casino Royale une véritable tragédie en la comparant à l’histoire de Tosca qui est la suivante :

 

La cantatrice Flora Tosca est l’amante cachée d’un peintre nommé Mario Cavaradossi, recherché par la police car il vient d’aider un ami à fuir un Rome contrôlé par les français.

Le chef de la police, Scarpia, dans un jeu de manipulations, va alors jouer sur la jalousie de la belle cantatrice Tosca pour piéger celui qu’il recherche.

Cavaradossi arrêté, Scarpia, séduit par la jeune femme, va alors lui lancer un ultimatum : qu’elle couche avec lui, et il laissera la vie sauve à Mario Cavaradossi.

Tosca finit alors par accepter ; Scarpia donne l’ordre de simuler l’exécution de Cavaradossi… Pour finalement donner un contrordre de manière que Tosca ne le sache pas.

 

Mais Tosca poignarde alors le chef de la police.

Cavaradossi, prêt à être exécuté, est rejoint par Tosca qui lui explique qu’il doit simuler sa mort, que les armes sont chargées à blanc. Le couple se promet alors à la paix et au repos amoureux. Au bonheur plus simplement.

 

Le peloton d’exécution s’approche alors de Cavaradossi et le « tue ».

Ignorant que Scarpia avait donné un contrordre à ses hommes, en leur demandant de finalement charger leurs armes avec des balles réelles, Tosca s’approche joyeusement du corps de son amant, pensant que leur liberté est désormais acquise.

C’est avec horreur qu’elle découvre alors un Cavaradossi sans vie. Son amour est mort et par trahison, sa passion perdue. A jamais.

En plein désespoir, elle finit alors par se suicider.

 

Tosca parle d’un amant perdu.

Tosca parle d’une histoire d’amour impossible.

Tosca parle d’un meurtre en public.

Tosca parle d’une passion entre deux amants.

Tosca parle d’un intérêt perdu.

 

Et si Quantum of Solace n’était tout simplement pas la volonté d’un James Bond souhaitant retrouver l’amour de son public autrefois déçu par les erreurs d’un Meurs un autre Jour ?

Et si Casino Royale ne l’avait tout simplement pas déjà fait ?

Et si Quantum of Solace n’était que l’ajout désespéré de séquences majestueuses à une œuvre qui l’est déjà ?

Enfin, une seule en particulier. 

 

 

 

Une tragédie en public

 

Difficile de ne pas faire le lien concret entre ces deux histoires. Le metteur en scène le souligne tout au long de la séquence.

Il y a deux possibilités :

 

La première, c’est que Vesper, prise dans une manipulation effectuée par l’organisation Quantum (décrite dans « Quantum of Solace ») et éprise du fameux algérien que l’on voit à la fin du film (évoqué à la fin de « Casino Royale »), est Tosca. L’algérien est Mario et l’organisation Quantum serait Scarpia. Le problème là est que l’algérien est de toute façon un traitre et manipule Vesper. Il ne peut donc être Mario.

 

La seconde interprétation, plus compliquée mais aussi pertinente, est celle où le rôle de Tosca serait toujours repris par Vesper et celui de Mario par le personnage de 007.

Vesper en rendant la mallette d’argent à la fin de Casino Royale à l’organisation terroriste paie sa dette envers elle, et se promet à un bel avenir avec James Bond (Mario).

L’algérien et l’organisation sont le chef de la police, Scarpia, qui promet à Vesper (Tosca) qu’elle sera libre pour sa passion avec Bond.

L’issue est pourtant différente ici : même si Vesper décide de se suicider, Bond parvient à survivre, le laissant seul avec ses doutes, son chagrin, mais aussi et surtout sa haine envers un coupable (Scarpia) qu’il doit encore trouver.

C’est là que la nécessité de faire une suite entre en jeu.

James Bond veut revoir l’issue de l’histoire. Revoir l’Opéra. Le remonter. Changer la tragédie.

Changer l’issue fatale pour la remplacer… par une autre.

 

Forster va alors cristalliser cette ambition dans cette magnifique séquence dont voici un découpage.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.06.27.png 

 

Bond arrive sur la scène des futurs crimes. Au niveau de la direction d'acteur : sa démarche est droite et le regard fixe un point à l'horizon. Forster souligne ainsi sa tenacité. Sa fermeté.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.09.43.png

 

Les ennemis se fondent dans la masse. Ils sont d'ailleurs montrés faisant partie de la société mondaine. La présence de coupe de champagne peut être vue comme l'allégorie du "monde qui décide". Le monde des puissants. Le choix des costumes, quasi tous uniformes (smokings pour les hommes, robes noires pour les femmes) montrent que c'est ce petit monde est régit par des codes. Et qu'il se présente en supériorité ? Une critique sous jacente M. Forster ?

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.07.58.png 

 

Bond les observe. En hauteur. Montrant ainsi sa suprématie, il est au-dessus de ce monde. Ce plan montre également toute sa détermination.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.10.48.png

 

Je pense que Quick doit assurément faire partie de l'organisation Quantum.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.11.17.png

 

D'un air sûr de lui, Dominic Green s'asseoit sur son trone et insère son oreillette...


Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.11.22.png

 

... A l'image de 007, qui se met à son niveau. Les deux plans se succèdent, montrant alors que les deux personnages sont d'égal à égal.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.11.36.png

 

A la différence que la détermination de Bond est plus forte, plus violente...

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.11.54.png

 

... Et brutale.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.12.06.png

 

L'Opéra commence.

Bond va alors le suivre, pas à pas.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.12.10.png

 

En se dissimulant sous l'oeil géant, représentant celui de Tosca (?) et donc de Vesper. Par extension, cet oeil est aussi le regard de la culpabilité, du chagrin et de la... Fatalité ?

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.12.43.png

 

Depuis son oeil géant, James Bond observe de nouveau cette micro-société dans laquelle ses ennemis se fondent. Ils sont tous vétus de la même manière, mais parlent en fond sonore via les oreillettes.

Il les écoute attentivement.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.13.24.png

 

Le regard de Daniel Craig, légèrement penché et avec un air déterminé appuie sa force et sa suprématie sur cette réunion cachée. L'aigle va bientôt attaquer sa proie. Il est aux portes de sa vengeance.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.13.33.png

 

Bond et les émissaires de Quantum sont montrés face à face grâce à un champ contre champ. Les deux plans se succèdent comme si les deux parties s'observaient directement. En réalité non, bien sûr, mais c'est ce que le réalisateur souhaite nous montrer.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.14.04.png

 

Green (Amalric) ferme les poings pour montrer sa force et son pouvoir.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.14.16.png

 

Mais Bond (Craig) va casser cette assurance en utilisant sa désinvolture légendaire : il intervient dans la conversation, provoquant la fuite de ses ennemis assis dans le théâtre, et la révélation de leurs positions et identités.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.15.07.png

 

Retour à l'Opéra : Forster nous montre le peloton préparer l'exécution alors que l'oeil géant les observe toujours.

Contre-plongée. L'oeil domine la situation.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.15.55.png

 

Les tireurs sont en place. L'horreur va alors commencer. Ce qui va mener à la tragédie : Tosca va perdre son amant dans ce qu'elle croit être une simulation.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.16.05.png

 

La musique de Tosca monte en puissance.

Les hommes de Quantum fuient autant qu'ils peuvent.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.16.20.png

 

... Mais sont rattrappés par un Bond glacial qui prépare... l'autre éxécution.

"Ca va chier !"

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.16.24.png

 

C'est le premier face à face direct entre les deux personnages.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.16.37.png

 

Bond lance un regard ailleurs. Quelque part, hors champ.

Un regard tourné vers Vesper peut-être ?

Il fait ainsi de cette éxécution une fatalité. Il indique le destin malheureux.

Mais l'issue de cette tragédie doit être revue.

Scarpia (Quantum) a survécu, mais pas Tosca (Vesper), qui s'est de toute façon suicidée. Il doit donc changer la donne... Espère-t-il, peut être, que cela fera revenir Tosca à la vie ? C'est sous-jacent, mais c'est là.

Vesper est présente ici.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.16.52.png

 

La violence entre en scène.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.17.01.png

 

Tout au long de l'éxecution, Forster et son monteur vont s'amuser à mettre les deux séquences en parallèle : la tuerie Bondienne dans le restaurant et la fin de l'Acte I de Tosca.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.17.13.png

 

Silence et musique.

C'est un peu comme si James Bond rejouait l'opéra dans sa tête. Le moindre son de la séquence est coupé. Nous n'entendons ni les coups de feu, ni les bruits de pas, ni les cris. Seul la musique de Tosca est jouée. En choeur. En coeur.

Tosca tue Scarpia. Vesper tue Quantum.

Et Mario survit.

Et Bond survit.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.17.21.png

 

Mais pour cela, Bond doit tacher sa chemise blanche.

Il sort alors le monstre qui est en lui et... Exécute.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.17.48.png

 

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.17.59.png

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.18.12.png

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.19.08.png

 

Bond (Mario) espérait-il mourir à la place de Vesper (Tosca) ?

C'est la question que l'on se pose à l'issue de cette séquence. Le sacrifice fait-il partie de cette tragédie ?

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.19.38.png

 

La réalité le rattrappe. Le voilà en train de tenir entre ses mains la vie d'un membre de Quantum qu'il souhaite interroger pour ainsi remonter jusqu'à la tête de l'organisation. Sa détermination est totale. Sa haine, énorme.

L'interrogatoire est vif, violent. A vrai dire, Bond s'en fiche.

Ce qu'il veut, c'est Vesper.

 

Capture-d-ecran-2012-10-20-a-17.19.48.png

 

Ainsi, il laisse le membre de Quantum mourir (se suicider ?). Il se "jette" du haut d'un édifice... Soit de la même façon que Tosca choisit pour mourir.

 

Enfin, une chose importante ici est le cadre : l’exécution de l'opéra est assistée par un public… Tout comme la gunfight de Quantum of Solace. Elle est entièrement publique, et la tragédie est vécue par tous. Aussi bien par les spectateurs de l’opéra, que ceux assis au restaurant… Et nous-mêmes, spectateurs du film !

 

 

La nouvelle danse de 007

 

Si hélas le montage et la mise en scène de cette séquence ne sauvent pas le film de l’accident scénaristique, elle montre au moins à quel point un film peut puiser dans l’héritage culturel pour se retrouver, se rafraichir.

Marc Forster, dont les talents restent souvent discutables, montre aussi que Casino Royale pouvait toujours être magnifié.

 

C’est maintenant à vous Sam Mendes !

 

 

"Casino Royale" de Martin Campbell. Avec Daniel Craig et Eva Green.

Disponible en DVD, Blu-Ray.

"Quantum of Solace" de Marc Forster. Avec Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric.

Disponible en DVD, Blu-Ray.

"Skyfall" de Sam Mendes. Avec Daniel Craig, Bérénice Marlohe, Javier Bardem.

En salles le 26 octobre.

 

Crédit photo : Sony Pictures 

 

William Mondello

 

Bandeau.jpg

Repost 0
19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 14:04

wreckitralph.jpg

 

 

Ce matin, à Paris, était présenté à la presse 30 minutes du prochain film d’animation des studios Disney : Les Mondes de Ralph.

Premières impressions… Sans spoilers (embargo oblige).

 

 

Plongée dans les mondes virtuels

 

Après l’incroyable bande-annonce postée sur le web la semaine dernière, c’était l’occasion d’en savoir un peu plus sur ce projet atypique des studios aux grandes oreilles.

Même si l’incursion de Disney dans les jeux-vidéos a commencé très tôt avec Tron en 1982, jamais un film d’animation de cette envergure ne s’était aventuré dans les sphères vidéo-ludiques.

 

En prenant en compte le sentiment nostalgique, Clark Spencer, producteur du film et présent lors de cette présentation, a expliqué à quel point un tel environnement était un élément important à une HISTOIRE. Car bien que celle-ci s’annonce extrêmement classique, dans les faits, un véritable travail a été effectué sur le visuel du film, sa bande-son, mais aussi et surtout ses personnages.

 

Le film conte l’histoire de Ralph la Casse (doublé par l’excellent John C. Reilly en VO, François-Xavier Demaison en VF), méchant d’un jeu-vidéo d’arcade qui est las de jouer toujours au même rôle. Il décide alors de s’aventurer hors de son jeu vieux de 30 ans pour découvrir les facettes des autres mondes virtuels. .

Les extraits présentés montrent les différents environnements que le personnage va explorer. A noter : un soin particulier apporté aux mondes que Ralph va découvrir avec le spectateur.

Spencer a beaucoup insisté sur un élément important de ce nouveau long-métrage : chaque monde est unique. Par exemple, chacun a sa propre bande-son : l’électronique Skrillex, les très eighties Buckner & Garcia ou encore le groupe de 48 chanteuses j-pop AKB48. 

 

 

L’émotion au programme

 

Vous l'aurez remarqué dès la bandes-annonce, le graphisme est très enfantin. Mais noyé dans les caméos et les environnements virtuels connus, le spectateur adulte se perd alors dans ses meilleurs souvenirs. Et c'est semble-t-il un des objectifs de ce projet ! D’idée en idée, de personnage en personnage, le metteur en scène Rich Moore (un des premiers réalisateurs des Simpsons), nous envoie dans une autre réalité pourtant… famillière.

Le film promet de belles réactions : en connectant deux publics, l'enfant émerveillé et l'adulte nostalgique, il créé l'universalité de son histoire et la garantit.

Ainsi chez les plus grands, le rire s'entremêle avec les « AH OUI JE ME SOUVIENS ! » qui se bousculent dans nos têtes à force de références. Quant à l'émotion, elle arrive à grand pas : via ces personnages perdus dans ces mondes où le déterminisme est roi. Où leur volonté d’exister autrement, en étant libre, est forcément bafouée au profit du spectacle pré-programmé.

Le visuel n’est plus, la profondeur arrive.

 

Et c'est le ressentiment perçu après seulement 30 minutes d’extraits, dites vous bien !

 

En effet, comment ne pas se sentir tout petit et tout mielleux face à ce qui nous rappelle tant l’enfance ?

Comment ne pas fondre devant ces jeux auxquels on a participé plus jeune ? Et qui prennent vie autrement sur grand écran ?

 

 

La vie est un immense jeu universel

 

Disney a toujours été un peu tout cela à la fois.

La présence de thèmes comme la quête d’identité ou la mesure de la tolérance d’autrui appuient cette impression.

 

Quand Walt Disney avait conçu Disneyland, il expliquait qu’il avait souhaité créer un endroit où les enfants pouvaient s’amuser… Autant que leurs parents.

Et dans ce grand huit de pixels, impossible de ne pas penser à cette phrase qui a redéfini Disney depuis quelques années, après le rachat de Pixar (Raiponce).

Impossible aussi, de ne pas penser à toutes ces heures passées sur les machines d’arcade, à tenter d’obtenir le meilleur score, pour devenir soi-même un héros de jeu-vidéo (Street Fighter II, Pac-Man, Q-Bert).

C’est tout ce sentiment là, cette tendresse, qui transparait de ces extraits qui annoncent un long-métrage inspiré. L’amour d’un autre art sublimé par une histoire que seul le cinéma peut nous offrir… En nous touchant.

 

« Suffisamment pour que le public se souvienne de l’aventure que nous souhaitons lui offrir. Nous souhaitons que les spectateurs n'oublient jamais notre film, et pour cela, il faut les toucher avec des choses qui feront alors partie d’eux. La comédie est importante. Mais l’émotion est le cœur de tout » ajoute Clark Spencer, véritable vétéran chez Disney.

  

L'histoire d'une future réussite ? On ne manquera pas d’aller le vérifier dès le 21 novembre au Grand Rex et le 5 décembre partout ailleurs !

 

 

Les Mondes de Ralph de Rich Moore.

Le 5 décembre dans toutes les salles françaises.

 

William Mondello

 

 

 

A découvrir sur le blog :

The Secret, de Pascal Laugier ou le film témoin de Jessica Biel

LE film de l'été 2012 : Avengers, de Joss Whedon. Le fun n'a jamais été aussi bon !

L'autre film de l'été : The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan. Quand la réalité est déjà dans la fiction

Repost 0
18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 18:46

rises3

 

 

Mythe n. m.

bas latin mythus, grec muthos « récit, fable »

Récit fabuleux, transmis par la tradition, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine.

 


 

Appuyez sur PLAY et continuez la lecture

 

 

« A legend, M. Wayne »


En 2005, lorsque je voyais pour la première fois Batman Begins (en bonne ou mauvaise compagnie, mais cela ne vous regarde pas), j’étais pris par une espèce de gêne.

Gêne que l’héritage Burton (et Schumacher, mais oublions le volontairement) était ainsi remplacé. En réalité, au lieu de surtout s’intéresser aux méchants et à plonger son intrigue dans un conte malsain, Christopher Nolan réinventait un personnage, mais également tout un genre. Autre chose, donc. Et en plus il le faisait bien.

Il y avait de quoi être gêné.

Car en se focalisant essentiellement sur son personnage principal (Bruce Wayne plus que Batman) et en le plongeant dans un monde réaliste où tout est explicable et plausible, il amenait le superhéros (les superhéros) vers des contrées jusque-là inexplorées.

Par la suite, cette réussite aussi bien artistique que commerciale fut maintes fois copiée et encore très rarement égalée.

Une sorte de schisme s’est alors accompli dans le genre des superhéros : l’intrigue était soit réaliste, soit fantaisiste.

Les Marvel Studios (Avengers, Iron Man, Thor) ont semblent-ils opté pour la deuxième option. Les autres films (Amazing Spider-Man) ont opté pour la première option. Avec la triomphe artistique qu’on leur connaît (hum…).

 

Mais le réalisateur d’Inception et Memento a encore fait mieux.

En plongeant un personnage issu de l’imagination de Bob Kane, un personnage irréel, de BD (de comics), qui n’existe pas, dans un monde réel, COMME le nôtre (et pas seulement proche du nôtre), il annonçait une mode voir un nouveau mouvement cinématographique qui est devenu synonyme de modernité : le réalisme, l’hyper-réalisme, même pour des histoires forcément fantastiques (voir cette tendance de l’adaptation de contes par définition irréalistes, rendus réalistes : Blanche-Neige et le Chasseur, même Peter Jackson n’avait pas osé aller si loin dans le réalisme en conservant le merveilleux fantasque de son Seigneur Des Anneaux).

 

C’est dire donc à quel point Batman Begins avait marqué les esprits.

Mais mieux encore en 2008 avec The Dark Knight. En invitant un film de superhéros dans le pur film policier, voir le film noir, Nolan repoussait toutes les limites. Il invitait LE superhéros dans un genre. En se nourrissant de sous genres déjà vus. Il amenait un personnage à priori enfantin (quoique Batman ne l’a jamais été complètement) dans des sphères adultes et ce, dès la première lecture du film.

Premier film de superhéros à devenir milliardaire au Box-Office mondial, The Dark Knight a aussi vécu la disparition d’un de ses interprètes principaux, Heath Ledger (le Joker), alors que Christopher Nolan comptait sur lui pour rempiler dans un 3e épisode de sa trilogie Batman réaliste.

 

 

rises4


« RISE ! » ou le nouvel ascenseur social

 

4 ans plus tard. 2012.

Ce battement d’ailes est devenu en deux films le prologue sonore d’un grand opéra.

Ainsi, en seulement quelques secondes, nous voilà replongés dans l’ampleur pure. L’ambition silencieuse. L’immersion totale.

Le film reprend là où The Dark Knight s’était arrêté. Pour faire, quelques plans plus tard, un bond de 8 ans.

Les choses ont changé. Batman a disparu et la paix a enfin gagné la ville. Pourtant le mensonge demeure et une menace s’annonce.

 

Gordon (Gary Oldman) rêve d’énoncer la vérité à la ville. Qu’Harvey Dent (Aaron Eckhart) n’était qu’un chevalier blanc devenu un monstre sanguinaire. Que Batman (Christian Bale) n’est pas l’ennemi mais le héros que la ville attendait. Mais qu’elle n’en a pas besoin. Qu’elle ne le mérite pas. Pas maintenant… Même en temps de paix ?

Puis en quelques secondes, on nous présente ses nouveaux visages. La sublime et très talentueuse Anne Hathaway incarne Selina Kyle / Catwoman. Féline, mordante, géniale. Tom Hardy est l’interprète du grand bad guy de cette histoire. Sombre, violent, brutal... Et intelligent. Quant à Joseph Gordon-Levitt, il est la jeune recrue pleine d’énergie et de perspicacité. Qui souhaite un avenir radieux. Au moins autant qu’au temps de l’arrivée de Batman.

Cette fresque, qui reprend le lyrisme laissé par le précédent volet, manque parfois de souffle. Elle est sans arrêt bien huilée, bien racontée, bien montée. Mais en lançant trop d’intrigues, on a parfois l’impression de ne pas s’intéresser assez à ce qu’on nous montrait déjà.

Qui est quoi ? Pourquoi ? Comment ?

 

Les choses s’apaisent, et deux scènes spectaculaires plus tard, le film plonge. En profondeur. Très loin en profondeur. Là où personne ne s’était alors caché.

Loin, loin, loin. Très profondément. Avec brutalité. Ces ténèbres envahissent le film et son personnage principal. Batman est poussé à bout. Jusqu’au bout. Dans ses derniers retranchements alors qu’il vacillait déjà. Alors que le film prenait le pas vers les doutes du héros (les simples doutes du héros, notamment vus brillamment chez Sam Raimi avec Spider-Man 2), Nolan va encore plus loin.

Profondément, profondément. Sûrement et sûrement.

Et à ce moment-là le film décolle. Il se précise. Alors que Begins et Dark Knight inventaient (ou réinventaient) dès leurs premières minutes, Rises attend le passage de sa première heure (et l’acclimatation de son spectateur aux nouveaux personnages) pour enfin inventer de nouveau.

Et c’est osé.

 

En quelques secondes, le film passe en haute tension et dans un bain de réalisme incroyable à tout prix. D’images brutales qu’on a pourtant déjà vu quelque part. Aujourd’hui ou hier. Des choses qui ont pu nous arriver. Mêlées à l’improbable. L’exagéré. Le jamais vu.

Et c’est avec cette tension inouïe, ce suspens, que naît l’effroi qui nous accompagne jusqu’au final.

Car jamais le mythe Batman n’avait semblé si réel. Et c’est peut-être en cela que Christopher Nolan réinvente son mythe.

 


rises2


Le mythe est réel

 

Le film témoigne de notre époque. Ses influences proviennent de l’actualité.

Il cristallise les peurs d’aujourd’hui. Les transforme. Les fait muter. Les agrandit.

 

Occupy Wall Street, les 99% contre 1%, les indignés, la crise économique, la dislocation probable d’une économie, la marginalisation d’une société, la corruption présumée de certains gouvernements, et même les 33 mineurs chiliens…

 

Tout y passe.


Mais la symbolique se dissipe. Il n’y en a pas.

Il n’y en a plus !

Nous ne sommes plus dans la représentation ou dans la métaphore. Le film nous montre ce que nous connaissons déjà et avec de grandes évidences.

Nolan évite la seconde lecture de son film et l’impose comme seule lecture possible, au premier degré. La technique du film appuie cette idée. Le son, la musique, la photographie. Le casting, forcément (mention spéciale à Michael Caine).

En fait, la seconde lecture est ailleurs.


Elle est verticale, et au sens propre.

Elle joue avec les ténèbres et la lumière.

Elle aborde encore un thème d’actualité. Celui de la hiérarchisation d’une société. Celle qui invite sans cesse à la révolution. Mais laquelle ? Celle d’un Bane sous-terrain extrémiste rappelant les pires discours de Jean-Luc Mélenchon ? Ou celle, plus noble mais effacée, d’un Batman sur-volant aux abois ?

 

Une opposition génialement retranscrite lors d’une scène qui signe le basculement du film… Et son emballement forcé.

 

Ainsi, cette prise de position encre le justicier masqué toujours plus dans le réel.

Réécrire la légende. Encore une fois au sens propre. C’est sûrement le tour de force de cet opus. Consacré aux conséquences, le long-métrage nous fait croire encore un peu plus que Batman peut exister. Qu’il est du domaine du possible.

Mieux transcender la réalité pour qu’on se reconnaisse dans ce qui est filmé ? Pour sortir de la salle de cinéma et rêver à un Batman plausible ? Confondre la réalité et le rêve ? Se reconstruire sur une illusion, une fausse croyance... une légende qu'on compte aux enfants... ?

Inception est bien passé par là…

 

En nous faisant témoin direct de la chute de son héros et de sa renaissance, dans un cadre toutefois hyperbolique de notre monde, Christopher Nolan pose l’ambition de ce nouvel et dernier épisode, multipliant les libertés avec le matériel original (tant mieux ?) et les références à son propre univers pour mieux contrôler ce qu’il nous montre. Façon Le Prestige, Nolan n’oublie jamais de jouer avec nous : flash-backs des précédents, clins d’œil à certaines scènes, voir répétition d’autres.

 

Si Batman Begins était la mise en image de l’apparition d’un superhéros dans un monde proche du notre. Si The Dark Knight était l’intégration d’un superhéros réaliste dans un genre de cinéma. Alors, The Dark Knight Rises est le clou du spectacle : la transformation d’un personnage imaginaire en un mythe de la réalité.

 

Dans ce final, d’ailleurs, vous pourrez vous amuser à faire un comparatif entre la version Marvel, fun, décomplexée, et fantastique d’Avengers, et la version Nolan (remarquez comment je compare un studio commanditaire et un réalisateur), sombre, réaliste, épique, plein d’emphase. Et plus rare dans la filmographie du réalisateur britannique : pleine d’émotion.

 

Dans l’introduction de cet article, je me suis permis de vous écrire la définition exacte du mot « mythe » dans le dictionnaire. Or, le dictionnaire indique également que le mot Mythe peut être rapporté à celui de Légende.

 

Mythe > Légende :

- Représentation de faits ou de personnages souvent réels déformés ou amplifiés par l’imagination collective.

 

Et c’est alors qu’une légende pris vie sur grand écran, et ceci depuis près de 30 ans.

 

rises1


The Dark Knight Rises de Christopher Nolan. Avec Christian Bale, Anne Hathaway, Michael Caine, Tom Hardy, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard Gary Oldman et Morgan Freeman.

Le 25 juillet au cinéma.

 

Crédit photo : Warner Bros. France

 

William Mondello

 

 

A découvrir sur le blog :

 Le Voyage du Héros au Cinéma, d'après "Le Héros aux mille et uns visages" de Joseph Campbell.

Rebelle : un Pixar sur des FEMMES, fait par des FEMMES, pour des FEMMES. 

Avengers, de Joss Whedon. Un film épique et au scénario béton.

Repost 0

WTF-whatthefuckisthat.fr-le-blog-des-films-pop-corn-qui-mar.png

 

Le blog des films pop-corn qui marquent leur époque !

 

Actus, previews et analyses filmiques des anciens et futurs classiques !

Page d'accueil Contact Partager ce blog

facebook WTFtwitter WTF

Recherche

Nos partenaires

logo

cinemadroide-copie-1.png