7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 16:07

expo-Tim-Burton

 

Petites lunettes, cheveux hirsutes et toujours cet air hagard, Tim Burton serre les mains de Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque Française, et le réalisateur Costa-Gavras. Ils l’invitent à s’asseoir sur la « chaise de cinéaste ». Celle ci est posée devant plusieurs centaines de journalistes, bloggeurs et admirateurs venus assister à la conférence de presse qu’a organisé la Cinémathèque lundi matin.

 

L’autre jour, je parlais à un pote (oui ça m’arrive) et on se demandait quel réalisateur, aujourd’hui, pouvait amener le public dans les salles rien qu’à son nom.

Alors on a immédiatement pensé à Steven Spielberg. Mais qui d’autre ? Quentin Tarantino peut être…

 

Et pourtant nous étions en train d’oublier peut être le plus évident d’entre eux. Celui a l’univers foisonnant. Unique en son genre. Totalement loufoque. Parfois macabre. Mais toujours aussi fascinant. Et surtout incroyablement universel.

 

Tim Burton…

 

Pour certains ça sera ça :


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Pour d’autres ça :


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Ou encore ça :


mars-attacks-1 

 

Il semblerait que ce cher monsieur ait imprimé plus d’une image dans votre rétine, pas vrai ?

 

Profitons donc de l’ouverture de cette superbe Exposition de la Cinémathèque Française de Paris (Bercy, XIIe arrondissement), consacrée au cinéaste, pour replonger dans les méandres de cet esprit farceur, juste, illimité et incroyablement talentueux…

 

 Tim-Burton pics 390

TIM BURTON, l’exposition à la Cinémathèque :

Imagination et Au-delà !

 

 

De cette exposition aux milliers de dessins, concept-arts, l’empreinte de l’enfance burtonnienne semble étonnement mure.

 

En déambulant dans ces couloirs, vous aurez sans doute le sentiment de voyager à travers le temps d’une âme éperdue…

La naissance conceptuelle, l’introspection d’un jeune enfant qui ferme les yeux pour admirer ses peintures en lumière noire… Un saut dans sa chambre où il a laissé trainer ses jouets et dessins… La concrétisation de ses premières prises de vue réelles avec ses courts-métrages Vincent ou Frankenweenie (dont la version long métrage sortira le 31 octobre en France)… La réalisation de clips musicaux comme celui de The Killers… Et de murs tapissés en murs peints… Vous arriverez à ces rêves (ou cauchemars ?) devenus réalités… Et même aujourd’hui, des films cultes

 

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« Enfant, je regardais des films d’horreur. » 

 

BettlejuiceBatman (qui explosa les scores au Box Office de l’époque)… Edward aux Mains d’Argent… Du très commercial La Planète des Singes au décevant Alice au Pays des Merveilles… Du décent Sweeney Todd à l’hilarant Mars Attacks!... L’empreinte d’un univers unique devient palpable lorsque vous admirerez ces centaines de croquis, avec les musiques du fidèle Danny Elfman en tête…

 

Tim Burton est cet homme enfant qui n’a pas peur des monstres.

« Je remarque que ce sont les adultes qui ont le plus peur des monstres. » explique-t-il au côté de Costa Gavras, président de la Cinémathèque Française.

« J’étais fasciné par ces monstres au cinéma lorsque j’étais petit. J’aurais probablement dû me cacher derrière le canapé, mais c’était plutôt mes parents qui le faisaient ! » dit le réalisateur de Beetlejuice. Un de ses premiers films, au monde enfantin de fête foraine.

 

« Je vivais dans les rues pavillonnaires de Burbank. C’était tranquille et tout à fait normal. Mais au fond je trouvais ça effrayant et je me réfugiais alors dans mon imaginaire. » précise Tim Burton à une presse agitée par l’excitation d’avoir une telle figure en face d’elle.

 

Ce rapport à l’étrange se faisait par des jets de son inconscient sur n’importe quel type de papier. « Je ne savais pas dessiner. Alors je dessinais ce que je pouvais, et qu’importe si la forme créée était dépourvue de sens. Je dessinais tout et autant que possible. »

 

De l’exposition, le plus étonnant reste peut être ce mur de serviettes de restaurants, où Burton a crayonné tant de personnages. Conservées, ces serviettes rappellent ô combien le dernier artisan d’Hollywood, c’est bien lui.

 

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Le personnage étrange qui ignore son étrangeté

 

Lorsqu’un journaliste l’interpelle sur Stanley Kubrick, Tim Burton bondit de son siège.

« C’est totalement évident pour moi. » Kubrick est son influence cinématographique. L’exploration de l’étrange ? Des personnages atypiques ? Manipulés comme des marionnettes ? Une adaptation de Pinocchio est dans les starting-blocks avec Robert Downey Jr…

 

Celui qui a commencé par reproduire le visage de Vincent Price, qu’il admirait, rappelle pourquoi cette échappée dans de tels univers oniriques était importante pour lui.

De ce monde imaginaire, il a créé son style. Unique au Cinéma et devenu une marque de fabrique.

 

Un cinéaste qui compte un nombre incroyable de collaborations prestigieuses : Jack Nicholson, Christopher Walken, Michael Keaton, Winona Ryder, le regretté Michael Gough ou encore celle qui est devenue sa compagne, Helena Bonham Carter.

 

Des collaborations qui n’ont fait qu’étendre à chaque fois un peu plus son registre et son univers.

 

La moquerie de Mars Attacks !, le comique tragique du Joker de Batman, l’ironie permanente de l’Etrange Noël de Monsieur Jack, le farce de Beetlejuice et le morbide de Sleepy Hollow… L’humour chez Burton est permanent.

Un humoir noir qui vire parfois au cynisme : « Je rigolais peut être de la mort pour ne pas en avoir peur. »

Une chose qu'on peut vérifier souvent dès ses superbes génériques, comme celui de Mars Attacks!, qui est suivi d'une scène à hurler de rire vu ce qui a précédé : Le Président des Etats-Unis, un conseiller hype à côté de ses pompes et un scientifique de médeux s'interrogent. Les martiens viennent-ils en paix ? La farce du film ne fait que commencer.

 

Un cinéaste qui n’oublie toutefois jamais l’émotion.

Surtout quand il parle de lui.

La naissance d’un fils et la mort d’un père dans Big Fish, l’amour d’une jeunesse perdue dans Edward aux mains d’Argent (qui marqua sa première collaboration avec Johnny Depp, devenu son acteur fétiche et un fidèle ami).

 

 


L’emprunt est même parfois à la nostalgie et résume peut être le pourquoi de cette « bulle » autour du réalisateur quand il parle. Il est sans cesse ailleurs et n’oublie pourtant jamais d’être pertinent.

 

Quoiqu'il en soit, dans cette galerie, l’imaginaire nous transporte.

Les murs sont tapissés de gribouillages, de maquettes et de sculptures d’un autre monde.

 

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L’artisan de Hollywood

 

Tim Burton vit aujourd’hui à Londres.

Il explique qu’il préfère s’éloigner aujourd’hui de cette industrie hollywoodienne, prendre de la distance avec elle pour « respirer » et peut être mieux la comprendre.

Non sans humour (décidément), cette âme qui déambule continuellement dans ses rêves explique à une salle amusée cette anecdote :

« J’aime beaucoup marcher… Et à Los Angeles vous ne pouvez même pas le faire sans être interpellé par la police qui vous demande ce qui vous prend ! »

 

Flatté par cette exposition qui fut monté par le Museum of Modern Art de New York (MoMA), il le fut d’autant plus lorsque Costa Gavras lui proposa de l’amener à Paris, seule ville européenne à accueillir cet événement.

« Ici en France, vous savez expliquer des choses et les intellectualiser. Vous êtes des gens intéressés, même quand la critique faite est mauvaise ! »

 

Le phénomène d’admiration de l’artisan ?

Le seul de Hollywood ?

« Je déteste les fonds verts » dit-il.

Bon allez, okay, on lui pardonne cette purge qu’était Alice au Pays des Merveilles, indigne de lui (et de Lewis Caroll) !

 

L’artisan a créé son univers. Un univers qui a transporté des millions de gens aujourd’hui.

Celui qui se cachait sous son bureau dans les Studios Disney dans les années 1980 est devenu le deuxième réalisateur a avoir réalisé un film milliardaire pour la major aux grandes oreilles.

Il est aujourd’hui le père de deux enfants, dont l’une est fascinée par ses derniers films plus familiaux (et plus accessibles). Un autre élément de sa vie qui se greffe à son imaginaire qu’on aime tant ? La réponse est votre.

 

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Toujours est-il qu’une certaine philosophie ne semble jamais lui avoir échappé.

Je me rappelle de cette réplique que lance le personnage d’Orson Wells à Johnny Depp dans le somptueux film Ed Wood :

 

« Il faut se battre pour imposer ses visions. A quoi bon consacrer sa vie à réaliser les rêves des autres ? »

 

Et, malgré quelques déconvenues, c’est probablement ce que Tim Burton a fait toute sa vie…

 

 

 


Tim Burton, l’exposition. Cinémathèque Française, Paris 12e arrondissement. Du 7 mars au 5 août 2012. Informations et réservations : www.cinematheque.fr

Dark Shadows de Tim Burton, avec Johnny Depp, Jackie Earle Haley, Helena Bonham Carter, Eva Green, au cinéma le 9 mai 2012.

Frankenweenie de Tim Burton, au cinéma le 31 octobre 2012.

 

Et vous pouvez retrouver la Master Class de Monsieur Burton sur le site de la Cinémathèque Française !

  

William Mondello

 

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