18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 18:46

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Mythe n. m.

bas latin mythus, grec muthos « récit, fable »

Récit fabuleux, transmis par la tradition, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine.

 


 

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« A legend, M. Wayne »


En 2005, lorsque je voyais pour la première fois Batman Begins (en bonne ou mauvaise compagnie, mais cela ne vous regarde pas), j’étais pris par une espèce de gêne.

Gêne que l’héritage Burton (et Schumacher, mais oublions le volontairement) était ainsi remplacé. En réalité, au lieu de surtout s’intéresser aux méchants et à plonger son intrigue dans un conte malsain, Christopher Nolan réinventait un personnage, mais également tout un genre. Autre chose, donc. Et en plus il le faisait bien.

Il y avait de quoi être gêné.

Car en se focalisant essentiellement sur son personnage principal (Bruce Wayne plus que Batman) et en le plongeant dans un monde réaliste où tout est explicable et plausible, il amenait le superhéros (les superhéros) vers des contrées jusque-là inexplorées.

Par la suite, cette réussite aussi bien artistique que commerciale fut maintes fois copiée et encore très rarement égalée.

Une sorte de schisme s’est alors accompli dans le genre des superhéros : l’intrigue était soit réaliste, soit fantaisiste.

Les Marvel Studios (Avengers, Iron Man, Thor) ont semblent-ils opté pour la deuxième option. Les autres films (Amazing Spider-Man) ont opté pour la première option. Avec la triomphe artistique qu’on leur connaît (hum…).

 

Mais le réalisateur d’Inception et Memento a encore fait mieux.

En plongeant un personnage issu de l’imagination de Bob Kane, un personnage irréel, de BD (de comics), qui n’existe pas, dans un monde réel, COMME le nôtre (et pas seulement proche du nôtre), il annonçait une mode voir un nouveau mouvement cinématographique qui est devenu synonyme de modernité : le réalisme, l’hyper-réalisme, même pour des histoires forcément fantastiques (voir cette tendance de l’adaptation de contes par définition irréalistes, rendus réalistes : Blanche-Neige et le Chasseur, même Peter Jackson n’avait pas osé aller si loin dans le réalisme en conservant le merveilleux fantasque de son Seigneur Des Anneaux).

 

C’est dire donc à quel point Batman Begins avait marqué les esprits.

Mais mieux encore en 2008 avec The Dark Knight. En invitant un film de superhéros dans le pur film policier, voir le film noir, Nolan repoussait toutes les limites. Il invitait LE superhéros dans un genre. En se nourrissant de sous genres déjà vus. Il amenait un personnage à priori enfantin (quoique Batman ne l’a jamais été complètement) dans des sphères adultes et ce, dès la première lecture du film.

Premier film de superhéros à devenir milliardaire au Box-Office mondial, The Dark Knight a aussi vécu la disparition d’un de ses interprètes principaux, Heath Ledger (le Joker), alors que Christopher Nolan comptait sur lui pour rempiler dans un 3e épisode de sa trilogie Batman réaliste.

 

 

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« RISE ! » ou le nouvel ascenseur social

 

4 ans plus tard. 2012.

Ce battement d’ailes est devenu en deux films le prologue sonore d’un grand opéra.

Ainsi, en seulement quelques secondes, nous voilà replongés dans l’ampleur pure. L’ambition silencieuse. L’immersion totale.

Le film reprend là où The Dark Knight s’était arrêté. Pour faire, quelques plans plus tard, un bond de 8 ans.

Les choses ont changé. Batman a disparu et la paix a enfin gagné la ville. Pourtant le mensonge demeure et une menace s’annonce.

 

Gordon (Gary Oldman) rêve d’énoncer la vérité à la ville. Qu’Harvey Dent (Aaron Eckhart) n’était qu’un chevalier blanc devenu un monstre sanguinaire. Que Batman (Christian Bale) n’est pas l’ennemi mais le héros que la ville attendait. Mais qu’elle n’en a pas besoin. Qu’elle ne le mérite pas. Pas maintenant… Même en temps de paix ?

Puis en quelques secondes, on nous présente ses nouveaux visages. La sublime et très talentueuse Anne Hathaway incarne Selina Kyle / Catwoman. Féline, mordante, géniale. Tom Hardy est l’interprète du grand bad guy de cette histoire. Sombre, violent, brutal... Et intelligent. Quant à Joseph Gordon-Levitt, il est la jeune recrue pleine d’énergie et de perspicacité. Qui souhaite un avenir radieux. Au moins autant qu’au temps de l’arrivée de Batman.

Cette fresque, qui reprend le lyrisme laissé par le précédent volet, manque parfois de souffle. Elle est sans arrêt bien huilée, bien racontée, bien montée. Mais en lançant trop d’intrigues, on a parfois l’impression de ne pas s’intéresser assez à ce qu’on nous montrait déjà.

Qui est quoi ? Pourquoi ? Comment ?

 

Les choses s’apaisent, et deux scènes spectaculaires plus tard, le film plonge. En profondeur. Très loin en profondeur. Là où personne ne s’était alors caché.

Loin, loin, loin. Très profondément. Avec brutalité. Ces ténèbres envahissent le film et son personnage principal. Batman est poussé à bout. Jusqu’au bout. Dans ses derniers retranchements alors qu’il vacillait déjà. Alors que le film prenait le pas vers les doutes du héros (les simples doutes du héros, notamment vus brillamment chez Sam Raimi avec Spider-Man 2), Nolan va encore plus loin.

Profondément, profondément. Sûrement et sûrement.

Et à ce moment-là le film décolle. Il se précise. Alors que Begins et Dark Knight inventaient (ou réinventaient) dès leurs premières minutes, Rises attend le passage de sa première heure (et l’acclimatation de son spectateur aux nouveaux personnages) pour enfin inventer de nouveau.

Et c’est osé.

 

En quelques secondes, le film passe en haute tension et dans un bain de réalisme incroyable à tout prix. D’images brutales qu’on a pourtant déjà vu quelque part. Aujourd’hui ou hier. Des choses qui ont pu nous arriver. Mêlées à l’improbable. L’exagéré. Le jamais vu.

Et c’est avec cette tension inouïe, ce suspens, que naît l’effroi qui nous accompagne jusqu’au final.

Car jamais le mythe Batman n’avait semblé si réel. Et c’est peut-être en cela que Christopher Nolan réinvente son mythe.

 


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Le mythe est réel

 

Le film témoigne de notre époque. Ses influences proviennent de l’actualité.

Il cristallise les peurs d’aujourd’hui. Les transforme. Les fait muter. Les agrandit.

 

Occupy Wall Street, les 99% contre 1%, les indignés, la crise économique, la dislocation probable d’une économie, la marginalisation d’une société, la corruption présumée de certains gouvernements, et même les 33 mineurs chiliens…

 

Tout y passe.


Mais la symbolique se dissipe. Il n’y en a pas.

Il n’y en a plus !

Nous ne sommes plus dans la représentation ou dans la métaphore. Le film nous montre ce que nous connaissons déjà et avec de grandes évidences.

Nolan évite la seconde lecture de son film et l’impose comme seule lecture possible, au premier degré. La technique du film appuie cette idée. Le son, la musique, la photographie. Le casting, forcément (mention spéciale à Michael Caine).

En fait, la seconde lecture est ailleurs.


Elle est verticale, et au sens propre.

Elle joue avec les ténèbres et la lumière.

Elle aborde encore un thème d’actualité. Celui de la hiérarchisation d’une société. Celle qui invite sans cesse à la révolution. Mais laquelle ? Celle d’un Bane sous-terrain extrémiste rappelant les pires discours de Jean-Luc Mélenchon ? Ou celle, plus noble mais effacée, d’un Batman sur-volant aux abois ?

 

Une opposition génialement retranscrite lors d’une scène qui signe le basculement du film… Et son emballement forcé.

 

Ainsi, cette prise de position encre le justicier masqué toujours plus dans le réel.

Réécrire la légende. Encore une fois au sens propre. C’est sûrement le tour de force de cet opus. Consacré aux conséquences, le long-métrage nous fait croire encore un peu plus que Batman peut exister. Qu’il est du domaine du possible.

Mieux transcender la réalité pour qu’on se reconnaisse dans ce qui est filmé ? Pour sortir de la salle de cinéma et rêver à un Batman plausible ? Confondre la réalité et le rêve ? Se reconstruire sur une illusion, une fausse croyance... une légende qu'on compte aux enfants... ?

Inception est bien passé par là…

 

En nous faisant témoin direct de la chute de son héros et de sa renaissance, dans un cadre toutefois hyperbolique de notre monde, Christopher Nolan pose l’ambition de ce nouvel et dernier épisode, multipliant les libertés avec le matériel original (tant mieux ?) et les références à son propre univers pour mieux contrôler ce qu’il nous montre. Façon Le Prestige, Nolan n’oublie jamais de jouer avec nous : flash-backs des précédents, clins d’œil à certaines scènes, voir répétition d’autres.

 

Si Batman Begins était la mise en image de l’apparition d’un superhéros dans un monde proche du notre. Si The Dark Knight était l’intégration d’un superhéros réaliste dans un genre de cinéma. Alors, The Dark Knight Rises est le clou du spectacle : la transformation d’un personnage imaginaire en un mythe de la réalité.

 

Dans ce final, d’ailleurs, vous pourrez vous amuser à faire un comparatif entre la version Marvel, fun, décomplexée, et fantastique d’Avengers, et la version Nolan (remarquez comment je compare un studio commanditaire et un réalisateur), sombre, réaliste, épique, plein d’emphase. Et plus rare dans la filmographie du réalisateur britannique : pleine d’émotion.

 

Dans l’introduction de cet article, je me suis permis de vous écrire la définition exacte du mot « mythe » dans le dictionnaire. Or, le dictionnaire indique également que le mot Mythe peut être rapporté à celui de Légende.

 

Mythe > Légende :

- Représentation de faits ou de personnages souvent réels déformés ou amplifiés par l’imagination collective.

 

Et c’est alors qu’une légende pris vie sur grand écran, et ceci depuis près de 30 ans.

 

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The Dark Knight Rises de Christopher Nolan. Avec Christian Bale, Anne Hathaway, Michael Caine, Tom Hardy, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard Gary Oldman et Morgan Freeman.

Le 25 juillet au cinéma.

 

Crédit photo : Warner Bros. France

 

William Mondello

 

 

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