20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 20:40

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Un nouveau Spider-Man est de sortie. Et devinez quoi ? Il a changé.

Il a murit.

Il est plus grand.

Il est plus beau gosse.

Mais il n’est plus tout à fait comme nous.

 

Comment Spider-Man / Peter Parker, personnage le plus accessible de tous les comics de superhéros, peut-il faillir à cette réputation ?

Mettez vos lunettes, les amis, on décolle !

 


Genèse : on prend tout et on recommence

 

2009. Disney rachète Marvel.

Sachant que leurs droits sur les personnages achetés 10 ans auparavant vont expirer (et donc tomber dans le giron de Disney, leur concurrent), les studios majors Twentieth Century Fox et Sony Pictures (Columbia Pictures) s’empressent de lancer des nouvelles adaptations de comics Marvel.

Manque de bol, Fox vient de clore sa trilogie X-Men (tout en préparant son spin-off Wolverine) et Sony rame à réunir toute l’équipe des précédents Spiderman pour un quatrième épisode (on parlait à l’époque d’un salaire record de $50 millions pour Tobey Maguire).

 

Hors, depuis 2005, une chose a été rendue possible grâce à un certain Christopher Nolan, maître d’œuvre de Batman Begins : le reboot.

Mais pas n’importe quel reboot ma chère madame, non. Le reboot avec une toute nouvelle vision, un tout nouveau ton, des thèmes plus contemporains, plus adultes, voir peut-être, plus sombres. Et qui ne prendra décidément pas les spectateurs pour des cons.

Fox lance donc X-Men First Class, avec la réussite qu’on lui connaît (merci au réalisateur de Kick-Ass, Matthew Vaughn). Sony décide de mettre un terme à sa collaboration avec Sam Raimi (ou est-ce l’inverse ?) après d’incessantes discussions sur Spider-Man 4 (ça avait déjà chauffé avec Spider-Man 3 lorsque le studio a imposé à Raimi l’apparition du personnage Venom, dont il ne voulait pas, et on connaît le résultat).

Spider-Man aura donc droit, lui aussi, à son reboot.

James Vanderbilt, scénariste de Zodiac, est donc remis au travail avec Alvin Sargent et Steve Kloves pour réécrire le script déjà élaboré avec l’ancienne équipe Raimi. L’histoire doit reprendre les origines de Spiderman tout en assumant une nouvelle orientation, davantage proche des versions « Ultimates » des comics (et peut-être plus fidèle ?).

 

Seulement le résultat final n’est pas du tout ce qu’on aurait pu espérer : un Peter Parker plus mur, plus sombre, dans un univers plus réaliste et moins fleur bleue. Moins romancé.

Nolan avait mis la barre tellement haute en terme de réinvention de personnage, de mythe, qu’on pourrait largement s’attendre à un foisonnement de nouvelles idées,

Tous les reproches faits à la trilogie de Raimi (et pourtant dieu sait que je l’adore) pouvaient être balayées. Plus de naïveté. Moins d’innocence. Mais hey… Quitte à dénaturer la personnalité même de Parker ? Quitte à remettre en question des problématiques posées par la BD depuis sa création par Stan Lee dans les années 1960 ? Spider-Man a toujours été un superhéros « lumineux ». A quoi bon alors le déteindre à ce point là pour une sombre histoire de droits ? Quoi ? Prendre les gens pour des pigeons ?

 

Encore ?

 

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De petites bonnes idées mal assemblées donnent un film désincarné

 

Le film de Marc Webb, recruté sur le génial (500) Jours Ensemble, s’ouvre donc sur une étape de l’histoire de Parker gommée jusqu’ici par Sam Raimi.

Les parents (!) d’un Peter Parker (qui n’a guère plus de 9 ans) sont affolés. Un cambriolage a eu lieu dans leur appartement et quelqu’un semble avoir été à la recherche d’un dossier précieux. Un dossier secret.

La caméra virevolte dans l’édifice, l’enfant semble dépassé par les événements et ne comprend pas ce qu’il se passe. Ses parents le déposent chez son Oncle Ben et Tante May.

Son père lui lègue une punchline et s’en va pour ne jamais revenir.

Le Peter Parker qui regardait ses parents disparaître au travers d’une vitre fond en jeune adulte.

 

Une scène d’ouverture à la fois sobre et épaisse comme une Bible, lance un film à la mise en scène étudiée, fignolée. Le relief est utilisé sur le moindre plan. Les reflets, les lumières, les personnages au fond d’une salle permettent de justifier une 3D ici rendue utile. Non pas à la narration mais à la réalisation inspirée de Webb (qui avec un nom pareil était destiné à réaliser un Spider-Man semble-t-il).

Seulement voilà, juste avant d’écrire cette phrase je n’avais toujours pas utilisé le mot Spider-Man. Tant mieux ? Tant pis ?

A vrai dire, j’étais heureux à ce moment là de voir que Webb tenait surtout à nous montrer une facette d’un personnage qui nous ressemble et que nous connaissons bien. Seulement, dans les minutes qui suivent, le film perd son temps à redévelopper le personnage, refaire des scènes que nous avons déjà vu, ou presque vu, en cherchant sans arrêt à justifier un nouveau ton de manière artificielle : Peter utilise Bing parce que c’est so 2012, Peter fait du skateboard parce que c’est comme Tony Hawk, Peter écoute les messages de son répondeur avec la messagerie vocale visuelle Sony, etc.

Le film perd alors toute l’inspiration qu’il avait prise dès son prologue pour nous souffler. Au lieu de ça, il nous ennuie. Il devient redondant.

Les souvenirs de la trilogie Raimi étant encore frais, on sort alors très vite du film (faute en plus de profiter d’une performance exceptionnelle du rôle principal campé par Andrew Garfield, pourtant génial dans The Social Network), et commençons alors un jeu malgré nous : celui de la comparaison.

Car oui, c’est vrai, le film cherche à définir un autre Peter Parker. Plus sûr de lui, moins « victime », plus beau gosse, plus tombeur. Mais il devient alors impossible d’y croire une seule seconde.

Les situations sont téléphonées. Irréelles. Fausses.

 

Puis un rayon de soleil divin apparaît.

Emma Stone.

D’un regard simple, d’une proposition touchante, d’un mot doux, elle bascule le film dans une autre dimension. Et c’est ce qui semble intéresser continuellement Webb (en plus de ses plans magnifiques, dont un réalisé dans une cave, où les lumières en arrière plan donnent un effet très « BD »).

Ces relations. Humaines. Véritables.

Naturelles.

 

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Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités

 

Le problème, c’est que le film n’est naturel que par éclats. Que par petits morceaux. Que durant quelques secondes dont il faut sans arrêt profiter avant qu’elles ne soient coupées par de la merde soit disante moderne.

 

Comment s’identifier à un personnage qui change de comportement d’une scène à l’autre ? Qui est aussi agaçant ? Comment s’identifier à un personnage qui lâche des mimiques d’idiot pour montrer qu’il est heureux ?

 

Jamais le film ne s’incarne. Ne serait-ce que dans sa propre histoire. Tantôt décousue et tantôt… Cousue au fil blanc.

Quand les clichés s’accumulent, le film fonce alors vers son point B. Il devient linéaire et prévisible. Et c’est hélas le sentiment qu’on éprouve jusqu’aux dernières minutes du climax.

 

Puis dans l’épilogue, Marc Webb revient à ses premiers amours d’été (jeu de mot, comprendra qui pourra). Il installe son couple. Leur relation. Et tout semble de nouveau naturel. Vrai. Authentique. Jusqu’à cette dernière phrase lâchée par Parker qui aurait pu être LE thème du film… Mais qui arrive bien trop tard.

 

C’est cette alternance continue entre délire plat de simple série B et petits éléments géniaux qui ne nous permet pas d’adhérer au film. Il ne manque hélas pas d’idées, et elles restent essentiellement visuelles (les vues subjectives en relief sont impressionnantes !).

Mais pourquoi être passé à ce point là à côté du personnage ?

Suis-je moi-même objectif ? Aimerais-je trop la trilogie de Sam Raimi qui, malgré ces libertés, installait alors un vrai nouveau mythe cinématographique en assumant ses pointes de oldies (la romance très 1960s…) ?

 


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Résurrection ?

 

L’ambition de ce nouvel épisode était probablement d’aller vers des digues plus sombres, plus adultes. C’était le message clairement exprimé par Sony lors de la mise en chantier du projet.

Finalement le film s’infantilise très vite en tombant même parfois dans le grotesque. Le lézard est surtout ridicule, les clichés s’entremêlent, les choses ne sont jamais développées. Et à force de vouloir se détacher de l’œuvre de Raimi, on assiste à quelque chose qui est sans saveur. Sans âme.

 

Quelle profondeur ? De l’humour (heureusement qu’il y en a beaucoup) à l’émotion, le film ne s’évertue jamais à se chercher.

Quel thème ?  Jamais cet incroyable Spider-Man ne tisse un fil suffisamment clair.

Quelle problématique ? A part cette histoire à dormir debout, où les choses paraissent répétées et impalpables.

Au fond, de quoi le film parle ? C’est à peine si on ouvre des portes.

Avengersa-t-il mis la barre trop haute ? Clairement et Batman Begins aussi.

C'est parce qu'un seul film ne suffit pas ? Le premier Spidey de Raimi se suffisait déjà à lui-même.


The Amazing Spider-Man est en réalité un pur exutoire commercial. Regardable. Vendable. Appréciable. Peut-être adorable. Si, et seulement si le Spider-Man avec Tobey Maguire, James Franco et Kirsten Dunst n’avait pas existé.

C’est se demander.

Car là où le long-métrage de Marc Webb est un énième film de superhéros, l’œuvre de Sam Raimi, elle, était l’histoire d’un adolescent qui apprend à devenir adulte.

Une histoire qu'on ressentait vraie.

 

 

Spider-Man 2, de Sam Raimi. Disponible en DVD et Blu-Ray.

 

 

The Amazing Spider-Man de Marc Webb.

Avec Andrew Garfield, Emma Stone et Rhys Ifans.

Le 4 juillet au cinéma.

 

William Mondello

 

 

A découvrir sur le blog :

Blanche-Neige et le Chasseur : un film merveilleux à risques et périls

- Prometheus, un film dense et palpitant qui N'EST pas un prequel d'Alien !

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commentaires

Timekeeper 20/06/2012

"Si, et seulement si le Spider-Man avec Tobey Maguire, James Franco et Kirsten Dunst n’avait pas existé."

Et si Sony s'en foutait ? Je veux dire, et si nous n'étions pas le public visé ?

Smartphone, skateboard, jeunisme, … ce Spider-Man officiellement "plus adulte" est en réalité destiné aux adolescents d'aujourd'hui (dans une classification commerciale gerbante, mais quand on fait
un film juste pour ne pas perdre une licence…) Bref, ce film est destiné à être vu (en tout cas aimé) par des enfants qui n'ont pas vus le Spider-Man de Sam Raimi au cinéma. Tout au plus à la
télévision.
Mince, aurait-il alors suffit d'une ressortie de la trilogie originelle ? J'ai envie de répondre à cette question en un mot : LOL.

franck 25/11/2013

il faut lire la bd il, est peter parker bordel, ce n'est pas la victime qu'à crée sam raimi.

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