29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 16:47

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« Big things have small beginnings » scande le personnage de David, interprété par la star montante Michael Fassbender.

Et c’est se demander si une telle réplique ne résumerait pas à elle seule ce projet dantesque qui est LE retour à la science-fiction pour Sir Ridley Scott (Blade Runner, Thelma & Louise, Gladiator, Kingdom of Heaven) et le premier script de renom pour Damon Lindelof (Lost) qui officie quasiment seul pour la première fois sur un film (avec l’aide de Jon Spaihts qui en avait écrit le premier traitement).

 

Car Prometheus, film ultra attendu, était d’abord connu sous le nom de Paradise, soit un prequel (par définition, pas si ambitieux) de la saga Alien en deux parties. Saga débutée par Scott lui-même en 1979, Alien dépassait le simple film de monstre en transposant son histoire au fin fond de la galaxie avec l’aide d’un équipage beuglant des phrases cultes.

Trois suites et deux cross-over (pourris, au demeurant) plus tard, le prequel du film de Sir Ridley Scott, était une rumeur qui envahissait d’année en année les forums de fans du film original.

 

Jon Spaihts en écrivit alors un traitement, qui à l’arrivée du showrunner de Lost, Damon Lindelof, chargé d'idées, devint un tout nouveau film, explorant le même univers qu’Alien, mais dont l’histoire était suffisamment indépendante pour qu’elle tienne d’elle-même (vous le verrez, elle est pleine de thème Lostiens !).

Pourtant tout au long de la production, les choses restaient ambigües. Scott parlait d’un film contenant « l’ADN Alien » tandis que Lindelof assurait sur Twitter qu’il avait écrit une œuvre originale.

 

Alors, simple préquel d’Alien ? Un spin-off ? Ou quelque chose de complètement nouveau, chose de plus en plus rare à Hollywood de nos jours ?

Et que raconte Prometheus concrètement ? Le film ? Qu’est-il ?

Le long-métrage de Sir Ridley Scott est au-dessus de cela et n’est que le fer de lance d’une toute nouvelle saga de science-fiction cinématographique, qui compte aller là où nul homme n’est allé.

 

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La destruction sème la création : Oubliez Alien !

 

Lancé dans la folie d’Avatar (deux fois milliardaire), le film était de plus un challenge technique pour Ridley Scott.

Visuellement époustouflant, et ce dès les premières minutes, il brille d’autant plus grâce à sa 3D dont l’utilité se justifie à chaque image.

Oui, vous avez bien lu. Le relief est impeccable et on se demande comment on s’en passerait.

Comme quoi entre de bonnes mains, ce gadget fait des étincelles.

 

Mais venons-en aux faits. Dès le début du film nous le comprenons, et c’est la première chose que je souhaite affirmer :
Prometheus N’EST PAS un prequel d’Alien.

C’est un tout nouveau film qui se tient grâce à son histoire archi-complète.

Dans un premier acte proche de la contemplation science-fictionnelle, le film pose ses personnages, nous les présente, les laisse vivre en se calant sur le rythme du premier Alien et en multipliant les références. Mais très vite le petit oiseau sort de son nid pour voler seul car il souhaite raconter autre chose. Il déconstruit même l'original... Si toutefois nous pouvons souligner un lien si évident ici.

 

Cette première heure permet de mettre tous ces personnages en émoi. Noomi Rapace nous touche de sa naïveté et Michael Fassbender nous livre sa facette robotiquement humaine.

Quant aux autres, comme la superbe Charlize Theron dans un rôle très froid qui s’explique trop tard, ils sont très mécaniques voir accessoires. Plongés dans une histoire trop forte ? Inondés par un univers trop dense ?

Cette densité est surtout palpable aux moments où le film nous pose directement des questions en jouant sur les détails d’une réplique ici, d’un panneau là.

 

Le parallèle est fait constamment entre la compagnie et ces dieux qui ne se montrent pas. La comparaison entre la volonté d’un dieu en devenir, endormi, et la volonté occulte d’un dieu, ancien, prêt à être réveillé. Ou encore, la comparaison entre ce jingle commercial de Weyland et ce son-appel, reproduit par David pour démarrer le vaisseau étranger (5 notes pour chacun).

Une dualité qui se révèle un peu tard, nous empêchant d’être sûr qu’il s’agit là de l’intrigue que nous devions suivre. Pourtant c’est à ce moment que toutes les questions posées par le film se posent enfin (oui, c’est un jeu de mot volontaire). C’est à ce moment précis où l’on voit Prometheus enfin retomber sur ses pattes (c’est un jeu de mot aussi). La direction est montrée, pointée du doigt et explose littéralement à la face du spectateur.

Cette baffe est celle d’une réponse décevante donnée à une question trop présomptueuse de l’homme trop sûr de lui.

 

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Elizabeth et David sont dans un vaisseau

 

Idem pour le cheminement du personnage de Noomi Rapace, Elizabeth Shaw, souvent assimilé à celui de l’androïde David (Fassbender).

Les deux personnages suivent des trajectoires souvent proches l’une de l’autre, qui s’entrechoquent parfois pour mieux se comprendre ensuite. La vocation de David a bord restant volontairement floue avant le climax, Scott choisit alors de jouer à fond sur son apprentissage de l’humanité. Et quoi de plus humain qu’une croyante perdue au beau milieu de cette forêt hantée où elle pensait trouver la réponse divine dont elle a toujours rêvé ?

Deux personnages qui affrontent à leur tour le monstre (terrifiant), véritable figure archétypale, et qui accomplissent alors chacun un voyage du héros campbellien. Ils passent alors au delà de leurs propres peurs (ou au delà de l’apprentissage pour David) et révèlent un nouveau niveau de lecture pour le film : Et si Prometheus n’était tout simplement pas une histoire d’amour ?

L’amour maternel. L’amour reproducteur. L’amour de notre création et de ce que nous souhaitons en faire. L’amour d’un père voué à disparaître. L’amour de Dieu. L’amour du pouvoir. L’amour de la vie.
Et l’amour tout court.

 

Avez-vous déjà été amoureux d’une personne et être incapable d’expliquer pourquoi vous aviez ces sentiments ? Avez-vous déjà été amoureux d’une personne et être incapable d’expliquer les réactions de votre propre corps ? Vos propres émotions ?

Ceci est la parabole du film, dont le coup de projecteur est fait dans le troisième acte via les questions passionnées de Shaw, la croyante.

 

Et si je vous disais que la personne que vous aimez ne vous aime plus… Et si je vous disais que la personne que vous aimez souhaite vous détruire… Et si je vous disais que la personne que vous aimez a prévu de vous remplacer par quelque chose d’autre…

 

Avez-vous déjà eu ces ressentiments ?

 

C’est ça le sujet du film.

Ce n’est pas à propos d’un monstre qui attaque un équipage coupé du monde. Ce n’est pas à propos d’une femme qui se bat. C’est plus que ça. Ou si vous préférez, autre chose.

 

Prometheus parle de la frustration de ne pas être apte à comprendre d’horribles choses et d'en refuser la vérité par crise de foi.

 

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Big troubles

 

Comme vous pouvez le constater, l’histoire de Prometheus n’est pas seulement forte ou dense, elle EST simplement beaucoup trop.

Jamais dans la science-fiction cinématographique , depuis 2001 L’Odyssée de l’Espace ou Star Wars (dans un autre genre), un film n’avait paru à la fois aussi beau et aussi fourni. Fourni grâce aux très nombreux thèmes qu’il aborde.

Prometheus est le mariage insoupçonnable entre le film de Kubrick et de George Lucas.

Certains me crient déjà dessus, qu’il s’agissait probablement déjà du cas d’Alien en 1979. Mais ceux là oublient que le premier film de science-fiction de Ridley Scott était à l’époque davantage un film de monstre plutôt qu’une épopée spatiale dont la problématique touche à la question du sens de la vie.

Ceci est en tout cas l’ambition du film, qui n’est malheureusement pas toujours atteinte et ce pour plusieurs raisons.

 

Un film ne fonctionne que lorsqu’il pose une problématique claire.

Une problématique, c’est la promesse d’un lien créé avec le spectateur. On l’invite à se poser une question et le film en promet la réponse, ou du moins, une partie de la réponse.

Une telle interaction est déjà un pas de géant vers la réussite artistique.

 

Mais le problème de Prometheus est peut être qu’il pose trop de problématiques à la fois.

On a parfois l’impression que le film survole ses sujets, ne s’offre jamais le temps de répondre à toutes les questions qu’il pose lui-même. Problème de montage peut être ?

 

Pourtant la rigueur de Scott permet d’en apprécier tous les avantages et de se dire aisément que la suite nous offrira de nombreux éclaircissements.

On se souvient alors de Lost, écrit par Damon Lindelof : L’important c’est le voyage et pas la destination (que l’on connaît de toute façon).

Et bien cette affirmation peut être exprimée avec Prometheus.

On peut aisément imaginer Lindelof en train de nous dire « dans la vie, il faut cesser de se poser autant de questions, et juste profiter de l’instant présent. »

C’était le point d’orgue de Lost, mais avec Prometheus, la chose est posée autrement, elle va beaucoup plus loin.

« J’accepte de vivre l’instant présent, mais mon aventure n’est pas terminée, alors je décide d’aller au-delà de cette vie, sur le Mont Olympe lui-même, et poser la question à ces dieux qui m’ont créé : Pourquoi ? »

 

J’espère que vous comprendrez à quel point j’attends la suite.

 

C’est par ces tas de bonnes choses, ces sensations inoubliables que Prometheus procure, que l’on rêve déjà de vivre ce nouveau voyage pour mieux comprendre cet univers infini. L’homme ne cesse d’être fasciné par le savoir, n’est-il pas ?

De cette ambition, nourrie, et ces références ambivalentes, les questions découlent et le film imparfait laisse une trace dans nos mémoires de pauvres humains en attente de réponses.

Bien sûr, l’œuvre aurait gagné à être plus claire et à se détacher davantage d’Alien, mais comme dirait l’autre :

Les petites émotions font de grandes sensations.

 

 

 

Prometheus de Ridley Scott. Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron et Logan Marshall-Green.

Demain au cinéma.

 

Crédit photo : Twentieth Century Fox

 

William Mondello

       

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commentaires

tristanR 30/05/2012

Bonne analyse, en effet le film parle du sentiment de rejet.

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