24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 15:39

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Ils ont été vite en besogne !

Disney a annoncé il y a quelques jours, trois semaines seulement après la sortie du film, qu’ils seraient déficitaires de près de 200 millions de dollars sur le long-métrage John Carter.

Cette perte énorme s’inscrit dans les pires bides financiers de l’histoire du cinéma moderne. Autant le dire dès à présent : Il va y avoir de sérieuses et lourdes conséquences.

 

Mais avant de revoir avec vous en 7 points ce qui aurait probablement dû être fait pour sauver ce film du gouffre (à mon humble avis), revenons très vulgairement (!) sur l’obsession d’Hollywood aujourd’hui et surtout, sur ce qu’il se passe en interne à Disney :

Une bataille d’égos démesurés comme rarement vue !

 

 

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La nouvelle Walt Disney Company de Bog Iger

 

Disney est dirigé depuis 2005 par un certain Bob Iger. L’ancien présentateur météo de la chaîne américaine ABC était le numéro 2 lors de l’époque Michael Eisner (dont les débuts furent grandioses, avec notamment la mise en chantier de La Petite Sirène, la Belle et la Bête, l’ouverture du très ambitieux Euro Disney, premier Disneyland construit par la Walt Disney Company à l’étranger ; et la fin calamiteuse, faite de mégalomanie mal placée).

 

Bob Iger annonce le rachat des studios d’animation Pixar en 2006, dont le contrat avec Disney prenait fin après plus de 10 ans de succès sous l’égide de la souris.

 

Est intégré à l’administration Disney : John Lasseter.

Lasseter, réalisateur de Toy Story et tête pensante de Pixar, avance donc ses propres pions en interne dans cette partie d’échecs géante. N’oubliez pas que nous sommes à la tête d’une des plus grosses compagnies de divertissements du monde !

 

2009, le projet cinématographique live John Carter est officiellement lancé par Dick Cook, président de la division Cinéma de Disney depuis plusieurs années.

Fort de succès comme la franchise Pirates des Caraïbes (multi-milliardaire), Armageddon, Sixième Sens, Cook n’a plus rien à prouver. Mais les productions live boxoffice-hits se font de plus en plus rares chez Disney. La production du futur milliardaire Tim Burton’s Alice in Wonderland est alors en cours.

 

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Stop. Bob Iger annonce en septembre qu’il remercie Cook et le remplace par Rich Ross, un cadre dont on vante les prises de décisions stratégiques en ce qui concerne les économies.

Mais Ross n’a quasi aucune expérience en ce qui concerne le Cinéma. Il était alors le président de la division Disney Channel.

 

Le tout Hollywood est alors chamboulé. Cook était surnommé comme étant le « mec le plus cool du show-business » et les dernières productions lancées ont été des succès.

De plus, de très gros projets sont en cours de production : Pirates des Caraïbes 4, Tron Legacy, Alice au Pays des Merveilles et… John Carter.

 

John Carter sera réalisé par le réalisateur de Wall-E et Le Monde de Némo, Andrew Stanton, qui en est à sa première production avec des acteurs réels. Autant dire qu’avec un budget initial de $150 millions, pour un novice, c’est beaucoup !

Andrew Stanton, qui est le protégé de John Lasseter (Pixar), lui-même protégé de Bob Iger (numéro 1 de Walt Disney Company).

De son côté, Rich Ross arrive à la tête de la division Cinéma, avec l’objectif de faire des économies et lancer des projets à succès… Avec près de 5 films en production dont les budgets sont tous au-dessus des 150 millions de dollars : Il a du pain sur la planche.

 

 

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Bataille céleste sur le Mont Olympe

 

John Carter est un tournage calamiteux.

Le budget explose. Il passe à 250 millions de dollars après les demandes incessantes du réalisateur d’Andrew Stanton de faire des reshoots, nécessitant de redéplacer l’équipe de tournage en plein désert de l’Utah.

Rich Ross refuse.

Puis accepte sous les pressions de Bob Iger, après les plaintes de John Lasseter de voir son poulain Andrew Stanton bafoué.

 

Deux ans plus tard, le public ne s’y précipite pas.

Le film a rapporté, au samedi 24 mars 2012, 185 millions de dollars à travers le monde. Il faut le double du budget pour espérer voir un film rentabilisé ! Autant dire qu’on en est loin, surtout que le long métrage n’a toujours pas dépassé la barre des 60 millions de dollars de recette sur le sol américain après trois semaines de diffusion. C’est ridicule !


 

Domestic:  $57,333,380    31.3%
Foreign:  $126,100,000    68.7%

Worldwide:  $183,433,380  

Chiffres : BoxOfficeMojo

 

 

Un désastre financier.

Alors chacun y va de sa théorie. Le film n’est pas assez bon (je ne suis pas d’accord). Le public a l’impression de l’avoir déjà vu (oui, c’est vrai, mais…). C’est pour un public averti (oui). Pour les enfants (oui). Familial je dirais. Très Disneyen au fond.

 

Alors qu’est ce qui a merdé bon sang ?

 

Ma théorie ? Le marketing.

Le marketing qui est lui même la conséquence de ce que je vous ai conté juste au-dessus.

Je pense, au fond, que les nombreux non-succès des films Disney de ces dernières années sont les dommages collatéraux de cette bataille de demi-dieux sur le mont Olympe.

 

L’Apprenti Sorcier, Mars Needs Moms (sorti directement en vidéo en France sous le nom de Milo sur Mars), Prince of Persia et John Carter

 

Je ne veux pas dire par là qu’on peut tout excuser, notamment la qualité subjective des films eux-mêmes, mais il semblerait que les nominations de têtes mal pensantes aux mauvais postes soient le résultat de cette guerre interne.

 

L’exemple le plus flagrant fut la nomination d’un Directeur Marketing qui venait de tout sauf du milieu du cinéma… Viré dans la précipitation il y a quelques mois.

Mises en ligne de bandes-annonces tardives, affiches ratées, histoires non claires, mises en avant d’arguments brouillonne, public visé non défini… Le département Marketing multiplie les erreurs.

 

Le rachat de Marvel a par ailleurs catapulté les films de super-héros dans les mêmes équipes habituées aux films d’animation. Et ceci en plus de la distribution des films DreamWorks : Avengers, Iron Man 3, Thor 2, Spielberg’s Robopocalypse (finalement co-distribué avec la Fox) s’ajoutent à Rebelle, Oz : the Great and Powerful, Monstres et Compagnie 2, The Lone Ranger

 

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Un bilan marketing calamiteux est-il fait pour rassurer les financiers ?

NON.

 

War Horse (Cheval de Guerre), aussi petit film qu’il soit, est un des Spielberg qui aura le moins rapporté au Box Office !

 

A tempérer : Nous pouvons toujours citer le succès de Raiponce, Pirates des Caraïbes 4. Mais j’ai envie de parler de coups de bol.

Quand je me souviens des bandes-annonces débiles de Raiponce, je pense immédiatement à du foutage de gueule quand je vois la réussite du produit fini…

 

Les équipes de Paramount, Fox ou Warner Bros. parviennent à créer l’événement à chaque film. Alors pourquoi un rouleau-compresseur comme Disney loupe quelque chose d’aussi gros si souvent ? Je me demande même s’ils ne passent pas à côté de 100% de leur potentiel à chacun de leur succès.

 

Chaque Major cherche sa vache à lait. SA franchise qui lui rapportera gros dans tous les domaines. Depuis Star Wars en 1977, chaque studio cherche SON film qui lui permettra de gagner gros à tous les niveaux : cinéma (recettes réalisées par l’exploitation du film en salles), vidéo (ventes Blu-Ray/DVD/VOD), télévision (droits de diffusion télé) et surtout, produits dérivés / merchandising (ce qui rapporte plus que le film lui-même).

 

Une telle stratégie a d’ailleurs poussé les producteurs à faire souvent n’importe quoi. Comme en 1998, Warner Bros.’s Batman & Robin qui, en plus d’être un nanar vantant les mérites de la gaypride, était un véritable défilé de jouets ubuesques.

 

Et ce nouveau Disney Studios rêvé par Bob Iger et maintenant géré par Rich Ross n’échappe pas à cette règle.

Seulement quelque chose merde dans l’histoire.

 

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Tron Legacy ? $400 millions récoltés à travers le monde ?

Film moyen dont l’univers promettait des montagnes de merchandising. La demande existe ! Des produits dérivés qui restent très durs à trouver et réservés à un public marginal. Comme super hit du box office, j’ai connu mieux.

Disney hésite même à mettre en chantier une suite…

 

Je n’ai pas de leçon à donner depuis mon pauvre MacBook vous me direz et mes cours de non-école de commerce. Mais en tant que passionné, je crois avoir le droit de m’interroger. Et aujourd’hui de m’exprimer.

 

Est-ce que Hollywood est allé trop loin dans son obsession de recherche de nouvelles franchises ? En oubliant l’essentiel ? Les choses basiques ? Comme la synergie entre les différents départements (vitales de nos jours) ? Disney c’est un réseau de centaines de boutiques à travers le monde, une flotte de bateaux de croisières, 5 complexes parcs-hôtels sur 3 continents…


 

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John Carter : Le jeu des 7 erreurs

 

Alors en ce qu’il concerne John Carter, que s’est-il passé concrètement ?

Voici 7 points que j’aborde avec mon humilité habituelle :

 

1, Vendu à la mauvaise cible ! Regardez moi ce trailer.

Film de bourrin vous dites ? Manquait que Vin Diesel ou Dwayne Johnson au casting, et on avait le parfait actioner ? Le film a ses morceaux de bravoure, et c’est souvent épique. Mais c’est avant tout un film d’aventure !

 

2, Le film a produit des similitudes à Prince of Persia dans son marketing. Observe la police d'écriture du logo. La même que Prince of Persia !

J’ai trouvé bien plus inspiré…


3, Aucune référence n'a été faite sur Andrew Stanton qui est quand même le réalisateur de réussites critiques et financières comme Wall-E et Le Monde de Némo.

Et devrais-je préciser qu’il a obtenu un Oscar pour chacun de ces films ?


4, Aucune référence n'a été faite sur les origines d'un tel projet : Une série de livres vieux de cent ans et qui ont inspiré toute la science fiction d'aujourd'hui ! George Lucas avec son Star Wars n'a jamais caché de telles références. Quant à James Cameron avec Avatar, le plagiat n’est jamais loin…


5, Les yeux doux au public geek (qui est friand de ce genre de productions) ? Que nenni ! Dis toi qu'un tel film doit au moins passer par le Comic Con (ils le font tous), et là QUE DALLE !


6, Merchandising ? Zéro !

La même erreur qu’avec Tron Legacy.


7, Finalement Disney a réussi à faire de ce film un non-événement. La seule chose exceptionnelle (et les gens se déchainent aujourd'hui sans même avoir vu le film), c'est le buzz généré par l'échec financier prédit par de très nombreuses oracles.

 

En attendant, Hunger Games réalise un démarrage monstre aux USA (on parle de plus de $140 millions en trois jours !!!), remboursant ainsi en un week-end sa mise d’origine ($75 millions de budget !).

Allons-nous vers des films aux budgets plus sobres ?

 

 

 

 

 

John Carter ou le flop du show-business hollywoodien moderne ?

 

Il semblerait qu’Hollywood retienne très vite les leçons. John Carter rejoint les cas d’école comme Watchmen, dernier blockbuster de studio classifié « R » produit… (Un film « R » est déconseillé aux moins de 17 ans non accompagnés pour violence outrancière et contenu adulte explicite ; à opposer aux films « PG » ou « PG13 » plus accessibles)

 

Après les hyper-succès de Twilight, Harry Potter et Avatar, il semblerait que le public aime les édulcolorants et en redemande. C’est ça ! Allons dans le mur tous ensemble et consommons ces films classiques, faits sans partis pris, sans risques, avec Twitter ouvert à côté. Des coquilles vides, ultra familiales, ultra consensuelles, dont le charme est à relativiser.

Où est la grande aventure ? Où est l’imagination ? Où est le message ? Où est le « WOW ! Je me suis pris une claque cinématographique dans ma gueule ! » ?

 

Oui. Je sais. John Carter n’est pas un film parfait. Mais il va conforter Hollywood dans la non-prise de risque. Dans le non-original. Dans l’anti-nouveauté. Et ça, ça chie grave !

Peut être que John Carter sonne le glas de cet Hollywood démesuré, de ce divertissement irréaliste, de ces personnages bad-ass et sans complexes. Peut être que c’est aussi l’annonce de projets nouveaux, moins inscrits dans la nostalgie (vers la fin de la folie 80s, des revivals et des reboots ?), plus centrés sur eux-mêmes, davantage à taille humaine et peut être un peu plus sobres et sincères, dénués de cette volonté absolue d’en faire une franchise.

Ou alors, peut être que je me trompe. Avatar est aujourd’hui le plus grand succès financier mondial du cinéma. Et puis il y a tellement à venir... Comme Prometheus par exemple.

Par exemple hein.

 

Enfin… Hunger Games est bon paraît-il… Notre nouvel espoir ?

 

 

 

 

William Mondello


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