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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 22:30

Comment expliquer que « Silver Linings Playbook » est une véritable thérapie du bonheur ?

 

happinesstherapy

 

C’est un vrai mystère. Car quand bien même le film est réussi, quand bien même il est remarquablement écrit et interprété, comme toute comédie romantique (à priori), il accumule quelques passages prévisibles, qui flairent le déjà-vu.

Et pourtant vous en ressortirez joyeux comme rarement !!

 

Pourquoi « Happiness Therapy » est un film qui fait du bien ? Pourquoi l’adaptation du livre « Silver Linings Playbook » de Matthew Quick est-elle si simplement le « feel-good movie » de l’année ?

 

5 raisons pour laquelle la « Happiness Therapy », de David O. Russell, marche du tonnerre !

 

 

Happiness Therapy 4

 

1 – Un film bipolaire

 

 

La vie réserve parfois quelques surprises…

Pat Solatano a tout perdu : sa maison, son travail et sa femme. Il se retrouve même dans l’obligation d’emménager chez ses parents. Malgré tout, Pat affiche un optimisme à toute épreuve et est déterminé à se reconstruire et à renouer avec son ex-femme.

Rapidement, il rencontre Tiffany, une jolie jeune femme ayant eu un parcours mouvementé. Tiffany se propose d’aider Pat à reconquérir sa femme, à condition qu’il lui rende un service en retour. Un lien inattendu commence à se former entre eux et, ensemble, ils vont essayer de reprendre en main leurs vies respectives.

 


Le nouveau film de David O. Russell, traite UN sujet grave : la bipolarité et toutes les névroses qui en découlent.

Le nouveau film du réalisateur de « Les Rois du Désert », « Fighter » et « J’adore Huckabees » traite DES sujets graves, au pluriel : l’auto-destruction, la difficulté à se reconstruire, l’Amérique post-crise des subprimes, le deuil amoureux et l’amour tout court !

Dans ce cocktail explosif où seul le drame ne pourrait s’aventurer, la comédie s’invite simplement, subtilement et glisse de personnages en personnages comme une contagion. Le moindre dialogue se savoure entre le rire et les larmes.

Les situations sont parfois exagérées, Russell en grossissant le trait ; mais c’est pour à chaque fois surligner l’humanité de ses personnages qui se dressent en âmes en peine vers la recherche du bonheur ultime.

Le réalisateur américain prend de la distance avec les situations les plus folles pour en tirer le meilleur accent comique, laissant Pat ou Tiffany péter des câbles en cinémascope, pour ensuite serrer ses plans, se rapprocher de ces personnages à bout de nerfs, que nous suivons alors au plus près, sur des notes plus dramatiques.

Cette bipolarité du ton créé l’ambiance unique du film, auquel on repense volontiers des jours durant.

 

 

happinesstherapy2.jpg

 

2 – De « fuck » en « fuck », l’expression de la réalité

 

Sur le papier, « Happiness Therapy » (« Silver Linings Playbook » en VO, soit le « livre du bon côté des choses ») est aussi –et surtout- une « rom com » (romantic comedy ou comédie romantique en français).

Mais là où le film enchante, ce n’est pas sur son utilisation fatigante des codes (la rencontre – le baiser – je t’aime moi non plus – le regret – l’amour triomphe), mais plutôt sur son épanouissante faculté à les remettre en scène.

Ainsi nos deux tourtereaux ne sont pas célibataires ; ils ont en commun l’ordonnance médicale pour traiter leur dépression ; ils servent d’abord une cause égoïste ; et sont psychologiquement totalement instables.

Le récit s’aventure vers des contrées plus familiales, chères à Russell, se greffant alors à l’intrigue principale et permettent de la nourrir. « Happiness Therapy » est avant tout une histoire sincère.

Pas ou peu de clichés à l’horizon, tout coule de source.

 

 

PAT

The world will break your heart ten ways to Sunday. That’s guaranteed. I can’t begin to explain that. Or the craziness inside myself and everyone else. But gués what ? Sunday’s my favorite day again. I think of what everyone did for me, and I feel like a very lucky guy.

 

 

Ecrit par le réalisateur, « Happiness Therapy » offre également des dialogues savoureux.

Des dialogues qui sont l’expression même de la réalité.

Ecrits comme s’ils avaient été parlés, ils permettent une forme de transparence, de crédibilité de ces personnages meurtris issus de ce qu’on appelle « l’Amérique marginale » mais pourtant majoritaire !

Des personnages qui s’apparent à des personnes, car ils nous ressemblent et s’expriment comme la majorité d’entre nous. De « fuck » en « fuck », ils hurlent sur des sujets graves tels que la maladie, le déni de réalité ou le deuil amoureux.

 

Point de discussions trop éloquentes, les répliques fusent. Accumulées, elles touchent le spectateur davantage qu’elles ne blessent ces personnages entre eux.

L’excès de vérité maladif de Pat passe alors à l’ode de la positivité, chemin éclairci vers le bonheur qui n’est que meilleur lorsqu’il est partagé.

 

… Entre un film et son public ?

 

 

 

 3 – Une Bande Originale positive

 

Thème principal composé par Danny Elfman lui-même, le reste de la bande originale recycle des classiques.

Bob Dylan, Jessie J, Johnny Cash, Stevie Wonder, Alabama Shakes…

Ajustés aux images, au ton même du film, à son atmosphère propre, ils permettent cette évasion continue. Ce bien-être total tout au long de la projection… Et bien après.

 

 

 

 

 

Une bande originale qui accompagne cette fameuse épreuve de danse, objectif vital et non plus simple moyen.


Une danse qui incarne cette autre frange de l’Amérique qui se sert d’un sport et d’un art, non plus comme d’un exutoire, mais comme un véritable canal d’expression sans autre équivoque.

 

 

 

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4 – Un casting antidépresseur

 

Dans le cinéma de Russell, la famille et les proches sont sans cesse mis en valeur.

Pour appuyer son casting principal, David O. Russell a su choisir des figures importantes pour ses seconds rôles avec Jacki Weaver, Chris « Korben Daaaaallaaaaas » Tucker et l’emblématique Robert De Niro qui revient en forme après 10 années de rôles effacés.

De Niro, qui, ne manque jamais de faire ce qu’il fait de mieux : du De Niro.

Mais c’est sur ce personnage de père aimant lui aussi maniaco-dépressif, qu’il construit une vraie performance, qui lui a valu une nomination aux prochains Oscars !

 

En ce qui concerne Bradley Cooper, également nominé aux Oscars, si son versant comique a toujours été connu, ses élans dramatiques n’avaient jamais eu l’occasion de tant s’exprimer.

D’une mimique à une autre, il joue ce maniaco-dépressif perdu, vrai-faux Tanguy complètement fêlé, au fond très sensible et vulnérable. La justesse du comédien est telle qu’un regard suffit pour le faire passer d’un registre à l’autre. De fil en aiguille, il devient le gourou d’une pensée positive qu’il ne comprendrait jamais assez sans… Jennifer Lawrence.

 

Elle était déjà incroyable dans tous ses précédents films (même le médiocre « Hunger Games »), mais Lawrence confirme !

Nominée dans la catégorie de la meilleure actrice aux prochains Oscars, du haut de ses 22 ans, Jennifer Lawrence a déjà remporté un Golden Globe pour ce film où elle incarne aussi bien la démesure qui s’emporte… que la fragilité qui panique.

Une autre bipolarité.

 

 

 happinesstherapy1.jpg

 

5 – Ce qui arrive aux autres peut nous arriver

 

C’est aussi ce qui ressort de cet autre « Lining » de l’Amérique post-crise : tout le monde peut être touché. Tout le monde peut être mis à la porte. Tout le monde peut changer de vie du jour au lendemain.

 

Et tout le monde peut aussi tomber amoureux.

 

Tout le monde peut rêver d’une happy end, et avec du travail et de la liberté (vive cette Amérique marginale qui y croit), peut y accéder.

 

Nous pleurons, nous dansons, nous rions, nous nous surprenons mutuellement et nous avançons parfois à pas de course ou au ralenti.

Cette bipolarité est au cœur du film, mais plus encore, c’est la possibilité qu’elle puisse toucher tout le monde qui en est le centre de gravité.

 

Ainsi, cette idée d’abord développée dans les 30 premières minutes du film autour du chagrin, de la perte, de la détresse va peu à peu se muer vers tout autre chose. Avec la rencontre entre Pat et Tiffany, le récit prend son envol vers l’espoir de Pat d’avoir un rayon de lumière dans sa vie.

La bipolarité tourne alors autour d’émotions positives, comme la reconnaissance, l’entente, la famille et l’amour, et fait deux fois plus briller ses personnages dans un final qui passe du rire aux larmes, puis des larmes au rire.

 

Une émotion que l’on partage, au-delà de la salle de projection.

 

Ce bonheur diffusé sort alors d’une salle trop obscure.

Et c’est peut être ça aussi la magie du cinéma.

Tout simplement.

 

 

 

 

 

« Happiness Therapy » de David O. Russell. Avec Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert De Niro, Chris Tucker et Jacki Weaver.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit photo : The Weinstein Company / StudioCanal

 

Bandeau.jpg

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commentaires

Nad 15/09/2016 03:43

Tres bonne analyse :)

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