15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 12:34

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Il était une fois, dans un pays lointain, de somptueux domaines dirigés par des Rois avides de pouvoir. Ces Rois cohabitaient car ils recherchaient tous la même chose : une formule magique qui leur permettrait de se faire accepter par les peuples du monde entier et, ainsi, d’étendre leurs Royaumes et leurs influences.

Mais ce pouvoir se confondait régulièrement avec une magie noire qu’il fallait manipuler pour parvenir à ces extensions : l’argent.

Les monarques firent alors appel à des vieux magiciens dont une poignée était en fait de vilains sorciers déguisés (appelés Yes Men). Mais de l’autre côté, les bons magiciens, créateurs d’images magnifiques et enchanteresques, étaient prêts à manipuler la magie noire pour parvenir à exprimer leur message d’espoir au monde entier.

L’avidité du pouvoir des Rois était une opportunité pour eux, un courant ascendant qu’ils devaient prendre pour se faire connaître, et ainsi, de films en films, devenir des talentueux réalisateurs respectés par le public des tous les pays.

 

Si vous comprenez cette allégorie sur le système d’Hollywood, alors vous êtes prêt à accepter de vivre l’aventure inédite offerte par ce Blanche-Neige et le Chasseur sorti des sentiers battus.

Mais comment un tel film opportuniste peut bien fonctionner ?

Qui est Rupert Sanders ? Que raconte réellement ce film ?

 

 

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Les contes défaits

 

Enième commande d’un studio en perdition (qu’a produit Universal Pictures de marquant ces dernières années à part la très médiocre franchise des Fast & Furious ?) et de producteurs à la fois opportunistes et originaux (la très nouvelle mode des contes de fées modernisés au cinéma, c'est eux), Blanche Neige et la Chasseur a le mérite d’inventer car il s’éprend à redéfinir les codes et à installer une rigueur visuelle tout au long de son histoire.

 

Once upon a time et Games of Thrones à la télé. Alice au pays des Merveilles au ciné.

Maleficient, la Belle et la Bête et Pinocchio dans les cartons.

Hollywood cherche sa formule magique et c’est dans la fascination pour les contes qu’elle va les chercher. Quoi de plus intergénérationnel que ce qui nous a été raconté depuis notre plus jeune âge ?

Après les mythes et les superhéros, la grosse machine de Los Angeles cherche ce que l’on connaît tous et ce dont on a tous rêvé. Mais à quel point pouvons-nous le faire ?

 

En cela Blanche-Neige et le Chasseur dépasse toutes les prévisions tant il OSE frôler le manichéisme enfantin et subtilement s’en détacher vers des tons adultes. Le film ne tombe pas dans la naïveté infantile. Il développe des personnages murs et pousse son visuel dans cette voie.

La force visuelle est incroyable. Le film est à l’image de son thème (la perfection). Il est BEAU.

La salle était parfois gênée, comme si elle avait du mal à accepter ce qu’on OSAIT lui montrer.

Du merveilleux à l’état PUR. De la magie dans tous les coins. Des rappels à ce que nous sommes vraiment ou ce que nous avons été, enfant. De ce que nous avons pu rêver. Des farfadets, petits lutins aux papillons par milliers, des fées aux arbres magiques. Et tout cela majoritairement intégré dans des décors réels, dieu merci.

Ce positif étincelant se mêle à la boue, la pluie, le suintant. La direction artistique lorgne vers ses descendants du genre : l’excellence du Seigneur des Anneaux, le ton (du scénario) vers Harry Potter. Mais très vite, le film grandit. Il oublie la contemplation ennuyeuse de la franchise multimilliardaire de la Warner. Il n’est pas dans l’ampleur de la trilogie de Jackson (hélas ?).

NON.

Le film est nouveau. Il créé. Une ambiance, un ton, une âme.

Rien que la séquence de la forêt noire vaut à elle-seule le déplacement tant celle-ci est à la fois inédite, glaçante et géniale. Des idées par milliers. Des confrontations, des vraies. Et des rencontres. De très belles rencontres.

 

 

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Un nouveau magicien hollywoodien orchestre une beauté fascinante

 

Sanders, parfait débutant à Hollywood, montrait déjà dans ses publicités un goût pour le gigantisme et pour la minutie, le dépassement de soi et les références évidentes au conte et au merveilleux. Il dépeint dans son film une Reine qui court après la jeunesse éternelle, celle qui lui permettra d’obtenir la peau parfaite, l’énergie d’une athlète et l’intelligence d’une manipulatrice infinie. Prête à tout. Quitte même à se contredire et trahir son propre passé.

Il lie ce personnage à Blanche-Neige, notre héroïne, dès les premières minutes. Il installe une dualité entre deux femmes qu’une seule génération sépare et pour lui ça semble bien assez. Il les assemble au montage, les mets en parallèle pour mieux les opposer. La perversion contre l’innocence. Le noir contre le blanc.

 

Mais l’émotion, elle, associe totalement les deux personnages et ce tout au long d’un récit malin.

Et c’est là une des grandes forces du film. Même si tous les codes du conte sont respectés, la Reine n’est jamais dépeinte comme une méchante absolue. Son mal est sans cesse réexpliqué. Sa détresse sans arrêt réexprimée. Jamais, oh non jamais, cette antagoniste baigne dans le manichéen.

Toujours, le film s’efforce de montrer une méchante douce, belle et en réalité… Névrosée.

La reine n’est pas simplement méchante comme elle aurait pu l’être dans Willow (1988) ou un film de fantasy plus ancien.

Le conte ne se modernise pas en faisant des blagues vaseuses 100% XXIe siècle pur porc, il évite même cet écueil et va au-delà de ce qu’il est. Le conte se modernise en s’imposant cette rigueur constante, celle de développer ses personnages, leurs personnalités, leurs doutes comblés par leurs forces.

En cela Charlize Theron est juste parfaite. Sa prestation devrait faire des émules tant celle-ci dépasse tout ce que nous avions vu de la comédienne auparavant.

Lors d’une scène qu’elle partage avec son frère, la Reine fait part de sa détresse effroyable. Theron part dans l’hyper-expressif, vire dans les aigües, crie toute sa haine et son mécontentement la rendant à chaque fois plus terrifiante. Et pourtant, au même instant, son regard se brise, laisse échapper une larme et montre un certain désespoir. L’agressive irréelle devient palpable tant elle est humanisée.

Charlize Theron s’empare de ce personnage et le fait vivre. Un personnage qui contemple ce qu’il est devenu par pure avidité et envie de vengeance. Vieillir sans rajeunir.

 

En face, le couple formé par Chris Hemsworth (Thor) et Kristen Stewart (Twilight, Sur la Route) développe son alchimie et plonge dans un monde de plus en plus poétique.

Tout semble réel, on y croit. Leur amitié nait véritablement sous nos yeux.

Hemsworth joue le bourru joyeux mais touche par sa tendresse cachée. Quant à Stewart, son personnage s’invente par la douceur, l’innocence et la naïveté de la jeunesse. Elle manque parfois de justesse, notamment lorsqu’on la voit (trop souvent) la bouche ouverte (il serait bon qu’un des gars des studios lui fasse signe qu’elle peut fermer la bouche… quand elle tourne, hein). Mais sa beauté est sans pareil, quoique pas autant que Theron peut-être.

S’ajoute à cette addition magique, des seconds rôles quatre étoiles, composés, rien que pour les nains de Ian McShane, Ray Winstone et Nick Frost. Tous extrêmement bien dirigés.

 

 

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La recherche de la perfection absolue et éternelle

 

Pourtant cette recherche de la perfection ne parvient pas à tous ses buts.

L’un des problèmes majeurs du film survient vers son milieu où le récit se perd quelque peu à vouloir introduire trop de choses. Certaines tombent à l’eau car elles semblent sorties de nulle part. Pourtant on sent leur utilité et la volonté de l’équipe de nous présenter ce monde merveilleux dans tous les sens du terme. Le film est paradoxalement trop court ce qui le rend trop long.

Il aurait sûrement suffit d’une demi-heure de plus pour bien nous représenter les éléments et ne pas se contenter uniquement du visuel. Là-dessus, le scénario est probablement à blâmer. Mais Sanders est si bon dans les images qui restent longtemps en tête que cet ennui est très vite dissipé.


Car une fois les codes du conte respectés puis détournés, Rupert Sanders semble vouloir parler concrètement et dépasse le simple film de spectacle (est-ce d’ailleurs le but du film ? Le climax du récit est une confrontation émotionnelle, et le rentre-dedans Seigneur des anneaux-esque est bien court).

Blanche Neige et le Chasseur est probablement l’histoire d’une génération qui ne souhaite pas céder sa place à l’autre.

 

Ce n'est peut-être pas l'intention du réalisateur à l'origine, mais je pense que l'on peut se permettre de se poser la question.

 

Reprenons notre petit conte :

Les magiciens invoqués par les rois du Hollywood plus anciens courent vers leur rajeunissement, quitte à écraser la magie de la nouvelle génération.

L’argent, capable de financer des projets ambitieux de la nouvelle génération, va finalement vers les projets conventionnels et peu inventifs de l’ancienne génération en panne d’inspiration (et si les vieux loups d’Hollywood étaient la source de ses maux ?).

 

Et si les déceptions Spielberg (Tintin), Eastwood (J. Edgar) et Burton (Dark Shadows) étaient le château ensorcelé ? Et si les Nolan (Inception), Whedon (Avengers) et Sanders (Blanche-Neige et le Chasseur) étaient l’innocence, la nouveauté, la fraicheur qui viennent prendre d’assaut ce fort immense pour redonner espoir au public ?

 

Des anciens magiciens fatigués, devenus malgré eux de bien mauvais sorciers, se font alors dépasser par de jeunes magiciens naïfs venus du peuple et du monde entier (l’ouverture d’Hollywood à l’international depuis quelques années). Des concurrents à qui ils n’osent pas donner la place tant ils n’aiment pas vieillir. Mais au fond, qui aimerait ça ? Peut-être Cameron Crowe et son Nouveau Départ… Et encore…  

 

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Et si Blanche-Neige et le Chasseur n’était tout simplement pas un film sur le passage de flambeau ?

Magique, merveilleux, humain et peut-être plus personnel que je ne l’aurais pensé.

 

Et c’est en tout cas, tout le mal qu’on vous souhaite monsieur Sanders !

Hollywood est mort, vive Hollywood !

 

 

Blanche-Neige et le Chasseur de Rupert Sanders. Avec Charlize Theron, Kristen Stewart et Chris Hemsworth.

Actuellement dans les salles.

 

Crédit photo : Universal Pictures 

 

William Mondello

 

 

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